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Retour sur la commission parlementaire pour Outreau

Raymond Radiguet disait un jour devant un mauvais tableau qu'il serait humain de l'achever. Je ne voudrais pas encourir le même reproche au sujet d'Outreau. J'ai déjà écrit une note sur la nécessité de rendre publics les débats que la commission présidée par André Vallini engagera bientôt.  Je n'y serais pas revenu si  dans  Libération d'hier, dans sa rubrique Médiatiques, Daniel Schneidermann n'avait abordé le même sujet sur un registre qui me semble trop critique.

Non, il n'y a pas que les acquittés d'Outreau qui exigent la publicité des auditions. Je ne crois pas que, sur ce plan, le coup d'éclat de Roselyne Godard soit judicieux qui la fait passer tout de suite à une réplique extrême. Le principal syndicat ne s'oppose pas à la publicité, il la désire au contraire, de même que le Syndicat de la magistrature. Par conséquent, pour une fois, Daniel Schneidermann, d'habitude si bien inspiré, me semble analyser trop rapidement la controverse  en cours en la réduisant à la seule volonté des magistrats de maintenir, dans la tranquillité du huis-clos, la mise en cause de l'institution et de ceux qui l'ont mal servie.

Précisément, ce qui est singulier dans cette affaire, c'est que ce sont les députés, les politiques, dont on n'a aucune raison de suspecter par principe la bonne foi et le désir de vérité, qui ont pris cette décision que je juge aberrante. Pourquoi ?

Je crois qu'il convient de chercher l'explication dans le caractère exceptionnel et du cataclysme et de ses suites. Je ne doute pas une seconde que ces représentants du peuple sont pleinement conscients de la pédagogie bénéfique pour la démocratie qui résulterait de la publicité. Seulement, puisque le judiciaire a failli comme jamais, qu'il va être gravement dénoncé, et, je l'espère, dans toutes ses composantes, je me demande si par une sorte de compensation absurde, presque de condescendance et de pitié, on ne cherche pas à éviter pour ce service public qui a totalement démérité, non pas le pire mais la divulgation du pire, avant que le rapport offre de manière maîtrisée la synthèse de ce qui aura été ignoré.

S'ils perçoivent à l'évidence l'avantage de la publicité pour la démocratie, ils la craignent pour la justice.  Alors que  le combat est rigoureusement le même et que les bienfaits seraient équivalents. Rien ne pourrait faire plus de bien à l'institution judiciaire que  cette autopsie de  son échec sous le contrôle de tous. Faute de publicité, je crains que la polémique demeure concentrée sur Outreau, ses tragédies et leurs responsables sans tirer les enseignements pour l'avenir.

Outreau sera peut-être unique mais, qu'on ne s'y trompe pas, il y a toute la justice, ses risques et ses défis, dans Outreau.   

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Commentaires

Encore une fois merci d'exprimer le sentiment- douloureux certes - qui est le mien ...Notre connaissance partagée , de l'interieur , de l'institution judiciaire , nous pousse à attendre beaucoup - trop sûrement - de l'apès-Outreau ...Je crains que nous restions orphelins d'un grand débat sur notre Justice .
Merci de vos efforts et bonne année !

Bonsoir, juste un petit mot vous dire que malheureusement la retransmission de la « Commission d’enquête Outreau » se devait d’être mise à la disposition de tous les citoyens, pour plonger dans le cauchemar de ces personnes brisées.

La Justice se devait, toujours selon moi, d’être rendu public par l’intermédiaire d’une chaîne du service public.

Rendre à toutes ces personnes, mais à tous les Français, une vérité qui effectivement a était et restera un enfer.

Je déplore que l’information sur cette affaire ne soit pas mise à la disposition de tous les citoyens, mais uniquement à une catégorie ayant la chance de recevoir la chaîne LCP Assemblée Nationale, ou Internet.

Je découvre avec effroi, une chaîne pénale qui a écarté tout au long de cette affaire les témoignages tant des 14 victimes que des avocats pour en faire de véritables criminelles.

Je suis choquée.

J'ai lu le propos de Zira qui a été "choquée" d'avoir entendu le témoignage des acquittés d'Outreau et d'avoir ainsi pu imaginer "le cauchemar de ces personnes brisées". Sa réaction est sans-doute celle de beaucoup de français.

Je les exhorte à se montrer plus méfiants à l'encontre de réactions uniquement dictées par l'émotion. L'émotion, en matière de justice, n'est jamais bonne conseillère. Et c'est la raison pour laquelle il est utile que la Justice ne soit pas rendue dans un délai trop bref après une affaire grave. Elle n'est pas bonne conseillère parce qu'elle aveugle, parce qu'elle empêche une analyse rationnelle et pondérée, parce qu'elle conduit à s'identifier à la "victime", et à perdre toute objectivité.
Depuis que le débat s'est engagé sur ce qu'il est convenu d'appeler "l'après Outrau", tout se vit sous l'empire de l'émotion, une émotion décuplée par la force de la télévision, par une simplification caricaturale des problèmes, par une sacralisation de la parole des victimes et par la recherche de bouc émissaire.
Ces mêmes composants étaient également présents en 2000, lorsque l'affaire d'Outreau a éclaté. Les "victimes" n'étaient pas les mêmes : c'étaient les enfants violés. Les "boucs émissaires" n'étaient pas non plus les mêmes : c'étaient les actuels acquittés, ainsi que les parents condamnés.
Posez vous simplement cette question : quelle Justice aurait été rendue à cette époque où l'émotion publique était à son comble, mais soufflait dans une autre direction ? Et si, comme moi, vous pensez que cela aurait sans doute conduit à une condamnation générale de tous les mis en cause, alors, méfiez vous de vos débordements émotionnels face aux témoignages des acquittés ou de leurs avocats, et laissez le temps à vos passions de retomber pour pouvoir analyser avec clairvoyance les éléments du dossier. C'est ce qui a permis à la Justice d'éviter une erreur judiciaire. C'est tout simplement la voie de la sagesse.

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