Pour une repentance au détail : l'affaire Villemin et le juge Lambert.
On en a assez, certes, de la repentance en gros, de la contrition de masse à propos d'un passé lointain ou parfois proche. Nous sommes lassés par cette obsession de gratter des plaies souvent à peine cicatrisées, pour qu'elles ne cicatrisent jamais. Qui a besoin d'installer, à perpétuité, la purulence au coeur de l'esprit français ?
Mais rien n'est plus nécessaire, en revanche, que la repentance au détail, la contrition singulière. Ce qui a attiré mon attention sur cette ardente obligation, c'est, d'une part, le fait que France 3 va consacrer trois soirées exceptionnelles et six épisodes de cinquante-deux minutes à l'affaire Villemin vieille de vingt-deux ans et que d'autre part, le juge Lambert qui l'a instruite d'octobre 84 à décembre 86 a accordé un entretien à TV Magazine.
Je n'ai vu que les deux premiers épisodes de cette fiction et par conséquent je ne peux émettre qu'un jugement partiel sur sa qualité et sa vraisemblance. Mais là n'est pas mon propos central. Je voudrais plutôt m'attacher aux dires du magistrat qui, actuellement, se trouve affecté au tribunal de grande instance du Mans en qualité de vice-président.
D'emblée, il affirme ne pas vouloir regarder le film parce qu'il est persuadé que l'image qu'on donnera de lui sera "partielle et partiale". Certaines de ses réponses ne laissent pas de m'étonner, au regard même de ce qu'il avance pour expliquer le caractère décevant des épisodes : le fait qu'on n'ait pas fait intervenir certains acteurs victimes de la tragédie, et il évoque notamment le rôle du capitaine Sesmat.
Ce dernier - aujourd'hui colonel( e.r.) - vient de publier un livre, "Les deux affaires Grégory". Avec un ton qui ne dissimule rien mais reste courtois, il décrit clairement les péripéties complexes de la double affaire Villemin ( avant et après l'action de la gendarmerie ) et fustige, en particulier, le comportement du juge Lambert. Pour qui a suivi à l'époque, la relation médiatique de cette catastrophe et lu le livre de Laurence Lacour, le procès à charge dressé par l'auteur semble fondé, une fois écarté le plaidoyer pro domo qui le conduit à donner le beau rôle aux gendarmes et à leur chef. De fait, je pense qu'ils ont vu juste dès l'origine et que la suite n'a fait que dissiper une vérité mal exploitée par une infinité de maladresses. A bien y réfléchir, tout était absurde dans cette accusation et pourtant, longtemps, elle a pourri beaucoup d'esprits. Dont le mien, qui n'avait pas eu besoin, sur ce plan, de la folie de Marguerite Duras ! Comme si on en savait long alors que nos soupçons étaient construits sur du très court !
Avant d'en venir à l'essentiel, trois remarques qui inquiètent le lecteur de l'interview. Jean-Michel Lambert reproche d'abord à l'acteur jouant son rôle de n'être pas venu le voir "pour s'imprégner de son personnage et me demander, par exemple, si j'avais des manies ou des habitudes". La critique est ridicule et révèle un narcissisme mis en lumière par certains lors de l'instruction. Il rend surréaliste, ensuite, la dénégation selon laquelle, tout en n'ayant aucune expérience de la pression médiatique, il aurait toujours su résister à celle-ci. Ma mémoire est fidèle sur ce point et me laisse pantois devant une telle assertion. Enfin, après l'audition de Murielle Bolle par les gendarmes, il n'avait pu être joint et cette carence avait constitué un fiasco majeur. Sans contredire le fond de ce grief, il se contente de faire valoir qu'il n'était pas parti en week-end mais se trouvait à Epinal, ce qui aggrave encore son cas.
Je laisse de côté ce que j'avais relevé dans son livre, écrit à l'époque, pour profiter précisément de sa gloire médiatique éphémère. Il y exposait des détails intimes, mentionnant par exemple qu'il ne pouvait plus faire l'amour quand il avait procèdé à une inculpation. Tout cela à la fois insignifiant et grotesque.
Dans cet entretien, il y a infiniment plus grave. Parce que c'est révélateur et d'une médiocrité personnelle et d'un parapluie collectif qui sert, croyons-nous, à nous préserver des gouttes de nos comportements individuellement sujets à caution.
Devant l'énormité des dysfonctionnements aussi bien judiciaires que médiatiques secrétés par la gestion longtemps erratique de l'affaire Villemin, devant l'image lamentable donnée par un protagoniste au coeur de cette tourmente, on pouvait espérer de la part du juge Lambert, surtout vingt-deux ans après, une repentance au détail, une contrition forte et singulière, une excuse adressée à tous ceux qui avaient souffert de ses négligences et de ses fautes, pâti de ses lacunes. On aurait dû entendre, avant même la publication du livre qu'il nous promet, non pas sa protestation d'impunité et d'innocence mais son aveu et sa détresse de coupable, son humilité de magistrat, sa compassion de citoyen. Rien, rien qu'un contentement de soi qui fait mal à ceux qui pensent que, pour demeurer un grand et beau métier, la magistrature doit exiger la vérité et la sincérité. Outreau nous a douloureusement plongés dans l' inaptitude à la reconnaissance de notre faillite. On adore le pluriel rassurant qui nous protége de l'affontement avec le singulier déficient.
Cette défaillance du coeur et de l'esprit corrompt toute l'interview qui est résumée par une phrase du juge Lambert, mise en exergue et qui me paraît totalement fausse : "Ce film est un nouvel écran entre le peuple français et la vérité".
Alors que c'est l'inverse. Aussi discuté que pourra être le film, aussi vigoureuse que pourra être la controverse, même si longtemps après, il n'est jamais inutile de poser sur une tragédie incommensurable un regard qui tente de faire réfléchir le citoyen, le téléspectateur d'aujourd'hui. Avant de craindre les risques d'une telle aventure médiatique, voyons-en les avantages probables. Cela pourra servir à mieux faire comprendre, à prévenir et à compatir.
Ce n'est pas rien.
Aussi, juge Lambert, de grâce, un mot d'excuse tout de suite !
Le juge lambert est avant tout humain. Savoir que l'on n'a pas été à la hauteur, et en tirer des leçons, c' est une chose. Le reconnaître publiquement, c'est autrement plus douloureux. Surtout quand on est certain d'avoir à subir un harcèlement médiatique ("à charge") pendant plusieurs semaines.
Est ce que ça change quoi que ce soit aux carences de l'instruction et autres erreurs d'appréciations ? Absolument pas. Mais je pense qu'une fois encore,les médias, plus particulièrement les médias à échelle nationale, contribuent plus à jeter de l'huile sur le feu, qu'à apaiser, voire enrichir et faire évoluer le débat.
Rédigé par: nicolas | 29 octobre 2006 at 12:47
Cette repentance aurait l'avantage certain de ne pas segmentariser la population sur des critères éthniques qui nuisent à tous, ce serait déja un énorme repos.
Nous voyons ici comme à Outreau, l'importance du secret de l'instruction, la nécessité de laisser les professionnels faire leurs investigations.
Il y a un rapprochement évident entre ces deux horreurs, un ego qui brille, mais ne reluit pas et des projecteurs. Nous voyons les dégâts occasionnés.
Je me souviens lors de mon adolescence de l'analyse sauvage de Marguerite Duras, je me demandais déjà à l'époque comment elle avait pu jeter une hypothèse plus que légère, mal pensée, en vérité. Ce n'était que les prémices, bientôt tant de monde viendrait faire son docteur Freud excluant la raison au nom du sentiment.
Rédigé par: LEFEBVRE | 29 octobre 2006 at 14:31
J'étais encore bien jeune quand cette affaire a éclaté ; à l'époque, je n'imaginais même pas faire un jour partie du monde judiciaire. Je me souviens surtout de la lassitude qu'avait entraînée chez moi l'obsession médiatique sur cette affaire.
Aujourd'hui, la leçon que j'en tire, quand je vois 22 ans après les protagonistes se déchirer en deux clans irréconciliables, est surtout que le temps ne répare pas les fiascos judiciaires. Ils créent des blessures inguérissables, et pas seulement chez ceux qui en sont victimes, car si les carences des politiques sont acceptables et même entrées dans les moeurs (puisque les mêmes hommes politiques qu'il y a 22 ans sont encore élus ou candidats aujourd'hui), les carences de la justice apparaissent impardonnables. Cela peut être injuste individuellement pour tel ou tel magistrat, mais cela reste malgré tout réconfortant : cette sévérité révèle l'importance et l'estime accordée à la fonction de juger par les citoyens. Rien ne serait pire qu'une indifférence aux défaillances de la justice.
Rédigé par: Eolas | 29 octobre 2006 at 17:22
Jeune substitut au moment de ladite affaire , j'en garde des souvenirs de l'ordre de ceux de l'affaire d'OUTREAU ...
Aucune leçon n'en a été tirée collectivement tant par les OPJ , la Justice que les médias .
Ce type de procédure mériterait pourtant d'être passée au scanner pour tenter qu'elle ne se répète dans ses errements .
L'une des leçons de ces drames judiciaires n'est-elle pas - au risque de choquer à nouveau certains habitués de ce blog - le recours excessif à la détention ?
Une autre est assurément l'incapacité du législateur à tout mettre en oeuvre pour faire respecter les secrets de l'enquête et de l'instruction comme celui de la présomption d'innocence .
La récente affaire des "infanticides " est topique : des "OPJ" , après le procureur - qui lui agissait conformément à la loi - ont cru bon de relater les aveux de la mise en cause .Dans d'autre espèces , les OPJ sont taisants mais les syndicats de police s'expriment et personne ne s'émeut de ces manquements manifestes aux principes du secret .
Tout laisse à penser que demain , des erreurs judiciaires similaires seront favorisées par des manquements du même ordre à des principes aussi fondamentaux que ceux évoqués plus haut !
Rédigé par: Parayre | 29 octobre 2006 at 21:08
Lefebvre pour Parayre,
Vous avez trouvé exactement la bonne formule : "passer au scanner". Voici une solution que je trouve excellente, il faudrait en effet, que ce type d'affaire soit reprise dans le détail par exemple par une commission de juristes et d'enquêteurs ou par des bénévoles retraités du Droit et de la police ce qui pourrait éviter ce que vous dites, in fine certaines affaires pourraient même être résolues de temps en temps. Ce serait vraiment utile cette étude post-mortem (je parle du dossier, bien sûr), une sorte d'autopsie de dossier non- résolu en somme.
Sans vouloir entrer dans votre vie privée, en respectant donc votre anonymat : vous étiez substitut, vous êtes donc devenu avocat général comme notre hôte ou bien juge ? Je sais que j'ai croisé une jeune femme qui était juge d'instruction et qui est devenue substitut du procureur dans un autre département, je ne sais pas si le passage dans l'autre sens s'effectue aussi. Je sais qu'un procureur n'est pas nommé par la même autorité que le juge, mais je ne sais pas exactement les convergences possibles entre le parquet et le siège ni les promotions envisageables... Merci d'avance de me renseigner.
Rédigé par: LEFEBVRE | 29 octobre 2006 at 23:00
@Lefebvre : pour répondre à votre interrogation , les " procureurs " et " juges" font partie d'un même corps et sont tous nommés par le président de la République sur avis simple du CSM pour les premiers et conforme pour les seconds.
De plus les procureurs généraux sont nommés en conseil des ministres .
Tout au long de sa carrière , un magistrat peut passer du parquet au siège et inversement .
Les appellations ensuite , procureur-adjoint , vice-président ou autres correspondent à des grades mais désormais ces derniers sont , pour simplifier, au nombre de deux auxquels s'ajoutent des postes dits " hors hiérarchie" et notamment nombre de postes de chefs de juridiction du premier degré et l'intégralité des postes de chefs de Cour d'appel .
Ces passages du siège au parquet ont été notamment évoqués par notre hôte à l'occasion des débats nés d'Outreau qui ont vu certains s'émouvoir de cette perméabilité entre l'accusation et les juges .
D'aucuns concluent à une connivence et s'en offusquent arguant du fait que la hiérarchisation du parquet déteindrait sur l'indépendance du siège et rendrait cette dernière plus théorique que réelle .
La question - certes d'importance - n'est pas , à mon sens, près d'être tranchée tant le ministère public français est attaché à son appartenance au corps judiciaire .
Le temps me manque , je vous demande de m'en excuser , pour être plus complet mais l'idée à retenir est l'unicité du corps doublée d'une formation commune , d'une gestion partagée des juridictions ainsi que d'une culture similaire .
Rédigé par: Parayre | 30 octobre 2006 at 09:38
Je pensais en avoir fini avec la littérature. Oui, je sais, j’avais promis.
Mais pour l ‘affaire Villemin en prime time, je pense que n’est pas Truman Capote qui veut (" De sang froid "), n’est pas Emmanuel Carrère qui veut (" L’Adversaire "), n’est pas Bertrand Tavernier qu veut (" L’appât "), n‘est pas Claude Chabrol qui veut (" Violette Nozières "). Ce que PEUT la littérature ou le cinéma, la télé ne le peut pas, du moins, pas encore. Sauf, peut-être pour des affaires judiciaires anciennes. Pour les affaires Dominici, Seznec ou Marie Besnard, parce que beaucoup de temps a passé, une évocation télévisuelle est possible et pertinente.
Je suis d’accord avec ce qu’écrit Parayre sur le danger de la communication en matière d’affaires judiciaires. J’ajoute que même les procureurs doivent être très circonspects dans leur communication. Pour ma part, quel que soit l’acteur d’une procédure qui parle à la télé ou à la radio, il y a toujours en moi quelque chose qui est heurté. Même si c’est un leurre ou une naïveté, je reste attachée au secret d’une instruction, comme je le suis du secret médical ou de celui de la correspondance.
A mon sens, ce que le juge Lambert avait de mieux à faire était de se taire.
Votre texte est remarquable. Ce que je retiens en premier c’est l’idée, et que je partage, d’une contrition ou d’une remise en question au singulier. Mais cela doit-il se faire par médias interposés ? Le mot d’excuse, c’est comme celui de repentance… ils me tapent un peu sur les nerfs.
Pour Outreau, ce ne sont pas des excuses que j’attendais des 60 magistrats de Douai, mais plutôt la reconnaissance officielle d’une grave erreur d’appréciation collective. Ils n’en seraient pas morts ! Et l’idée qu’on se fait de la magistrature, aujourd’hui, en serait grandie.
Rédigé par: Véronique | 30 octobre 2006 at 09:56
La dernière phrase de votre "post" me met mal à l'aise...l'inconséquent petit juge n'a ,apparemment,pas beaucoup appris depuis plus de vingt ans...mais il faut se replonger dans l'incroyable tumulte médiatique de l'époque,remarquablement décrit dans le téléfilm, pour imaginer la solitude oppressante de cet homme seul qu'était alors le juge Lambert...pourquoi exiger de lui des excuses? seuls ,à mon sens ,les époux V.seraient en droit de le faire :ils demeurent silencieux ...
Et puis ,comme beaucoup,et votre honnêteté à cet égard est digne d'éloges ,la folie Duras a contaminé les esprits...je crois plus que la punition du juge Lambert est le maintien dans un anonymat salvateur pour la Justice ;une repentance le mettrait sous les feux d'une rampe face à laquelle il n'a jamais été qu'un très médiocre acteur...qu'il n'ait pas été le seul pourrait tout au plus lui octroyer les circonstances atténuantes...laissons-le donc à son anonymat :peut-être y retrouve -t-il sa vigueur sexuelle!...
Rédigé par: sbriglia | 30 octobre 2006 at 10:44
J'aimerais savoir qui a lancé la mode des mots en "ance", gouvernance, maltraitance et repentance...
Ils ont quelque chose de sournois, de doucereux.
En l'occurrence j'avais appris repentir, qui me convenait assez bien.
Je n'ai aucune sympathie pour le juge en question.
Mais pourquoi exiger de lui une autocritique publique" alla Mao" ?
Pourquoi lui seul ?
Pourquoi pas les politiques inefficaces, les chefs d'entreprise faillis, les sportifs défaits, etc... qui eux aussi encombrent le "paysage médiatique".
Oui, rétablissons cette délicieuse coutume du pilori !
Rédigé par: jpchaume | 30 octobre 2006 at 11:41
sbriglia, votre commentaire, il est sublime, forcément sublime. La vigueur sexuelle du juge Lambert, perso, je n'aurais pas osé.
La folie Duras, oui, pour ce qui est son article, très irresponsable. Mais c'est aussi cette " folie " qui a permis de très grands livres.
Rédigé par: Véronique pour sbrigla | 30 octobre 2006 at 11:54
L’absence d’excuses des juges face à un fiasco judiciaire où il y a eu de plus mort d’homme alors que la peine de mort n’existe plus (affaires Gregory ou Outreau) rend indulgent devant les criminels qui en assises n’en présentent pas.
Ce refus d’admettre son échec n’est pas limité à la justice, c’est un comportement humain très général, rappelons-nous les interviews des responsables après l'explosion de la bulle immobilière de 1990.
Il est de plus des situations où en les relisant même avec le recul on ne sait pas identifier l’erreur, car on est emprisonné par sa logique et donc par soi-même.
Mais est-ce que des excuses apportent quelque chose, il me semble que pour la victime c’est la sanction qui est attendue.
Dans le cas d’un fiasco judiciaire, il y a plusieurs sortes de victimes me semble-t-il : les victimes pour qui le coupable n’a pas été sanctionné, les victimes de la machine en folie et la société française pour qui les coupables du fiasco n’ont peut-être pas été sanctionnés au niveau du sinistre subi.
Les statuts de la fonction publique et l’esprit de corps handicapent la mise en oeuvre de vraies sanctions, notamment celle qui consiste à quitter un métier pour lequel l’expérience de la tempête a montré que l’on est pas fait, du moins avec une assez forte probabilité même si par temps calme on donne toute satisfaction.
Rédigé par: jmgambrelle | 30 octobre 2006 at 13:06
" Le mot d’excuse, c’est comme celui de repentance… ils me tapent un peu sur les nerfs. "
C’est ce que j’écrivais dans mon commentaire de 9h56
Il est important et nécessaire à mes yeux de retranscrire la réponse que vous m’avez faite suite à la réserve et au reproche que je vous adresse de l’emploi du mot " excuse " dans votre commentaire:
" La dernière phrase de mon billet m'est reprochée par certains. Elle ne se veut absolument pas comminatoire mais se justifie à mon sens pour une double raison. Vingt-deux ans plus tard, on connaît l'histoire dont on a été le protagoniste malheureux. On n'a plus l'excuse d'être plongé dans le chaos, le désordre et la spontanéité du présent. On est condamné au recul et le repentir tombe ou doit tomber presque naturellement de la pensée qui ne peut qu'être critique à son encontre. La seconde raison c'est que le J L évoque lui-même dans l'entretien le livre qu'il écrira et dans lequel notamment il s'excusera. Je ne fais que devancer son désir en lui suggérant de le faire TOUT DE SUITE, ce qui me semble la moindre des choses. Ce n'est pas une menace adressée à un collègue, c'est une prière adressée à son intelligence ".
Expliquée ainsi, on comprend bien volontiers la dernière phrase de votre note.
Décidément, ce que peut la littérature !
Parce qu’en plus, votre précision sur le off, elle trop bien et très vous. Pour ce qui est de son style et du pouvoir de ses mots.
Rédigé par: Véronique | 30 octobre 2006 at 13:48
Je vous suis pleinement dans cette revendication de la responsabilité particulière du juge. Par responsabilité, nous entendons ici ce qui a trait à l'appréciation morale et/ou technique d'une action que l'on a menée. Mais est-ce seulement envisageable ?
Des quelque 60 magistrats qui se sont penchés sur le dossier d'Outreau, nous n'attendons que les regrets de Burgaud et Lesigne, regrets qui ne viendront pas, mais qu'en est-il de ces dizaines d'autres magistrats qui ont mal fait leur travail ? En a-t-on lu un seul dans la presse qui dise "Oui, je me suis planté gravement". Non. Pas un. Et c'est pas demain la veille.
Serviteur du système, le juge ne se trompe que si le système le trompe. C'est sans doute ce qui les conduit à ce déni de puissance : la puissance est dans le système et ils peuvent ainsi se considérer dans la glace avec le sentiment d'être une petite personne comme les autres, ayant droit à leurs faiblesses. C'est la force de tous les systèmes de coercition que de reposer sur des personnalités fadasses. Mieux vaut un juge qui ne soit ni conscient de sa puissance, ni de sa nuisance éventuelle, il en sera plus adapté et adaptable.
C'est la raison pour laquelle j'ai déjà dit ici que je ne croyais pas qu'une réforme de la justice parviendrait à éradiquer l'erreur judiciaire : les mêmes hommes reproduiront les mêmes erreurs, pétris de l'infatuation tranquille de leur personne. Ils sont combien comme ça ?
Voyez-vous, très bêtement, je pensais que Lambert avait quitté la magistrature ou du moins qu'il n'avait pas été promu. Mais non, pendant la curée, le spectacle continue. Finalement, tout lui donne raison à ce brave homme !
Tout ce petit monde manque singulièrement de couilles.
Rédigé par: Jean-Dominique Reffait | 30 octobre 2006 at 16:03
Ah non !
D’abord " de Scudéry " et, question quiproquo, j’ai eu un mal fou à remonter le courant. Ensuite, sbriglia et son interrogation au sujet de la vigueur sexuelle du vice-président du tribunal du Mans. Pour couronner le tout, la chute pleine d’élégance du commentaire de Jean-Dominique.
Philippe, je vous jure. Je n’ai pas voulu cela !
Rédigé par: Véronique pour Philippe | 30 octobre 2006 at 20:58
@Véronique :le 30 janvier 2006 , sur ce même blog , j'écrivais :
" accepter le regard des autres , d'analyser son comportement , d'en tirer des enseignements afin de prévenir des récidives, c'est manifester un sens aigu des responsabilités : la Marquise de Lambert , au XVII ° siècle , ne disait-elle pas que l'aveu des fautes ne coûte guère à ceux qui sentent en eux de quoi les réparer ."
Je ne retire rien ...
Rédigé par: Parayre | 30 octobre 2006 at 21:56
LIBé : le scandale continue. A la une de libé ce soir : une vidéo truquée chef-d'oeuvre de manipulation et propagande sur Sarkozy.
Jusqu'où descendront-ils ?
Rédigé par: Nicolas | 30 octobre 2006 at 21:59
Oui pour un homme face à tous, c’est dur de reconnaître ses erreurs quand des institutions ne savent pas le faire ou pas très bien (voir le sujet sur Günter Grass qui a attendu le soir de sa vie…).
On ne peut pas tout ôter à un homme faute de le pousser à la dernière extrémité…
Donc je ne l’accablerai pas car il fera un jour le chemin de la repentance que l’on lui réclame plus fort qu’à son environnement de l’époque, entre autre professionnel sans parler des médias…
Il faut connaître ces régions, ces habitants, ces silences, ces haines quasi viscérales pour comprendre le tourbillon dans lequel ce jeune magistrat a pu se laisser entraîner.
J’ai moi-même une assez bonne connaissance de ce terroir où je le reconnais bien volontiers faute d’y être natif, on y est toujours étranger.
Le bovarysme aurait trouvé dans ces vallons vosgiens autant de ferments que dans le bocage normand…
« La Terre » de Zola me vient aussi à l’esprit dans la dureté de ces vies au quotidien.
Pour faire court, un mélange des deux serait une bonne image de ma modeste vision de l'ambiance de cette affaire.
C’est sûr Monsieur Le Juge, un début d’excuse vous grandirait, donc nous serons patients...
Rédigé par: doc | 30 octobre 2006 at 23:36
Pour Parayre
En fait, je ne suis pas très sûre d’avoir compris le sens du commentaire que vous avez écrit à mon intention, mais même s’il y a une confusion de sens de ma part, voici ce que vos mots m’inspirent:
Je suis en total accord avec vous et avec Mme de Lambert: " l'aveu des fautes ne coûte guère à ceux qui sentent en eux de quoi les réparer " .
J’ai relu la note du 30-01, ainsi votre commentaire s’y rapportant. Je crois aussi que ce qui a été écrit hier par Doc: " On ne peut pas tout ôter à un homme faute de le pousser à la dernière extrémité…" est également très juste.
Je fais partie de ceux et de celles qui ont choisi de ne pas regarder le live de l’après-midi télévisuel de l’audition du juge Burgaud par la commission. Encore aujourd’hui, je ne peux pas regarder ces images, tant le souvenir du délire médiatique d’alors est encore trop présent et fragilise un visionnage serein de ce document.
J’ai su que Philippe avait commenté pour TF1 cet " événement ". J’ai été très soulagée et très rassurée que ce soit lui, plutôt qu’un autre, qui s’y soit collé.
Quelques jours plus tard, j’ai regardé un " Envoyé spécial " consacré à cette transmission. Je me rappelle S. Portelli, je cite de mémoire, disant que le juge Burgaud, en regard de ce qui s’était passé dans le nord, pouvait devenir un grand magistrat. Encore aujourd’hui, je suis d‘accord avec lui.
Si je suis hors sujet par rapport à ce que vous avez voulu me dire, je serais heureuse que vous me précisiez ce que je n’aurais pas justement saisi.
Rédigé par: Véronique pour Parayre | 31 octobre 2006 at 06:49
Le juge Lambert entend publier sa version de l'affaire quand il sera délivré du devoir de réserve. Quoi que l'on puisse penser de lui, ce sera sans doute intéressant à lire (j'ai déjà lu les livres du colonel Sesmat et du commissaire Corazzi sur cette triste affaire). Pour ma part, j'indique aux visiteurs de ce blog que je suis l'auteur d'un livre, FRANCE INTOX, qui évoque entre autres plusieurs affaires criminelles: Christian Ranucci, Omar Raddad, etc. Sur cette dernière affaire, je félicite Philippe Bilger d'avoir répliqué aux inepties de Mr Rouart sur France 2 le 11 avril 2005 (je fais d'ailleurs allusion à cette altercation dans mon livre).Pour en savoir plus:
http://underbahn.gorillaguerilla.com/0977422437.html
Cordialement,
Frédéric Valandré.
Rédigé par: Frédéric Valandré | 31 octobre 2006 at 08:01
Il faut reconnaître au réalisateur ,maintenant que nous avons pu voir l'intégralité de la série,un grand talent ,aux acteurs (remarquables)des capacités stupéfiantes de mimétisme (ah!la nièce de Bernard face au Conseiller Simon (François),un moment d'anthologie)et un espoir dans l'exceptionnelle humanité et rigueur de ce Juste qu'était le Conseiller Simon(émouvante interprétation de F.Mathouret)
C'était ,à mes yeux ,un grand moment de télévision ,sans racolage ,sans "putasserie"(la seule erreur que j'ai pu détecter c'est lorsque l'avocat de la famille Laroche interpelle son confrère Garaud à la chambre d'accusation d'un improbable "maître" au lieu de "confrère"....véniel)
Même le juge Lambert est hallucinant de ressemblance pour ceux qui ,comme moi,ont pu suivre les méandres nauséabonds des comptes rendus journalistiques où le col roulé de Duras et l'écharpe de Lambert se disputaient le titre douteux de meilleur barrage à la grippe volognaise (@Véronique :vous voyez que j'ai réussi à le placer!...)
Tiens!je vais acheter le livre de Sesmat,sa retraite mérite qu'on lui dispense quelques droits d'auteur et, après tout, c'est forcément sublime la taquetiquetaque du gendarme...
@Véronique (bis)pas trop de repentance,on devient accro,et on finit par se tirer des lignes...
Rédigé par: sbriglia | 31 octobre 2006 at 09:08
Après le livre du gendarme et celui du juge Lambert, la télé vous promet prochainement un Jacques Mesrine. Pour vous, sbriglia, d'inoubliables soirées lecture et télé à venir.
On compte sur vous pour le repérage des erreurs. Vrai, je suis scotchée par votre perspicacité : " la seule erreur que j'ai pu détecter… ".
J’ai pensé, sbriglia :
peut-être que quand les policiers et les judiciaires rament dans les très grandes largeurs pour la résolution d’une affaire, ils peuvent faire appel à vous. Duras et ses visions volognaises, c’est sûr, elle peut aller se rhabiller. Ils vous ont, vous !
Pour ma repentance. Mettez-vous un peu à ma place. Moi, vous lisant et lisant Jean-Dominique, mon cœur n’a fait qu’un bond. J’ai pensé, ça y est ! A l'instar de Marguerite, ma maladresse a peut-être contaminé quelques-uns des meilleurs esprits et des plus brillantes plumes de ce lieu.
Taquineries à part, le col roulé de Marguerite et l’écharpe de Jean-Michel…sublimes, forcément sublimes. J’ai adoré.
Rédigé par: Véronique pour sbriglia | 31 octobre 2006 at 14:53
Doc,
Il y a bien, je trouve aussi du Flaubert et du Zola réunis dans ces régions un peu brutes. J'y vois surtout cette nouvelle de Maupassant dans, je crois me souvenir, les contes de la bécasse où une famille se rend à la pêche et ne prend aucun poisson, à leur côté, une autre famille nage dans la joie mauvaise de les rendre jaloux avec leurs nombreuses prises, cela finit en meurtre. L'argent, le sexe : ces fameux moteurs, j'aurais plus cherché de ce côté que Duras. Je ne sais pas, voila ce qu'il deviendrait bon d'entendre de temps à autres dans les articles dédiés à ce type d'affaire. Donner une hypothèse en employant le conditionnel, exprimer un sentiment avec les précautions d'usage, développer un raisonnement en lui laissant la place qu'il mérite... Avoir la saine humilité de se dire qu'un journaliste ou plus encore un lecteur n'ont pas les outils et les informations d'un juge d'instruction, d'un O P J.
Cela fait plaisir de lire que des avocats généraux, des juges, des conseils ont ce regard critique sur leur confrère et que cette juste fronde se trouve chez eux aussi. Cela conforte, car c'est, bien sûr évident que les légistes sont très souvent aptes au discernement nécessaire.Quels métiers !
Rédigé par: LEFEBVRE | 01 novembre 2006 at 00:43
Véronique, quoi ma chute, qu'est ce qu'elle a ma chute ?! Ma dernière phrase, mon dernier mot, ne reflètent qu'avec une fort grande réserve le sentiment d'accablement dégoûté qui m'envahit à l'évocation de ces tueurs aux petits pieds que sont ces champions de la défilade : Lambert et Burgaud n'ont-il pas en commun d'être directement responsables de mort d'homme et d'avoir été promus à la suite de ces éclatants faits d'armes ?
Alors oui, Véronique, je vous le concède : l'évocation de l'attribut symbolique du courage, dont on peut dire sans être grossier que beaucoup de femmes en sont pourvues, est inélégante au regard de qui en est manifestement totalement dépourvu : un si joli mot pour de si vilaines gens, fi !
Et puis, Véronique, comme écrivait mon camarade l'abbé de l'Attaignant ((1697-1779) :
"Et bien voici mon dernier mot
Et sur le mot et sur la chose
Madame passez-moi le mot
Et je vous passerai la chose"
Rédigé par: Jean-Dominique Reffait | 01 novembre 2006 at 12:14
Maupassant, Flaubert, Zola, je suis d‘accord. Ce sont des ressources importantes pour essayer de comprendre des affaires comme celle de La Vologne.
Le problème de Duras, à mon sens, dans cette affaire, c’est qu’elle a mélangé deux registres: le journalisme et la littérature. Dans son article, elle ne parle pas de C. Villemin mais que d’elle-même et de la haine-amour qu’elle avait pour sa propre mère, personnage clé de son oeuvre.
Proche de nous E. Carrère avec " l’Adversaire " a eu le grand talent d’être au plus près de la part d’ombre d'une affaire judiciaire retentissante: " Donner une hypothèse en employant le conditionnel, exprimer un sentiment avec les précautions d'usage, développer un raisonnement en lui laissant la place qu'il mérite... ".
Le propos d’E.Carrère , tel que je l'ai lu, était de mettre à jour ce que le fait divers dont il est question dans son livre nous dit…sur nous-mêmes. "De sang-froid " de T. Capote nous dit aussi la société américaine de la fin des années 50.
La démarche journalistique, je parle des articles faits dans la précipitation dans le chaud de l’actualité, ignore le soin, les heures et le souci de dépassement apportés à ce type d’ouvrages.
J’ai apprécié votre commentaire. C’est ma façon à moi de vous le dire. Et de dire à Philippe que ce que j’aime beaucoup dans son blog et dans les commentaires qu’il suscite, c’est le mélange de gravité et de décalé, de sérieux et de petits délires qu'on y trouve.
Une sorte de BPJ (Bazar du Palais de Justice)en quelque sorte. Ce " Bazar " (au sens désordre), il me convient bien, car il est très ouvert, très accessible et accueille des gens très différents les uns des autres, contrastés.
Rédigé par: Véronique pour LEFEBVRE | 01 novembre 2006 at 16:20
Et parce que, en tout état de cause, le blog de Philippe, c’est à la fois le grave et le décalé:
Volet gravité:
Les juges (je tiens aux dénominations - lire Véronique et la politesse des magistrats, note: Encore un peu de patience !) Burgaud et Lambert n’étaient pas seuls dans leur instruction respective. Ce qui m’accable ce sont ceux qui n’ont pas contrôlé et qui se sont contentés de signer les dossiers sans se donner la peine - c’est ce que je pense -, de les lire vraiment et de les analyser sérieusement. On ne peut pas laisser, pour de telles affaires, des jeunes magistrats en roue libre, à moins d’envisager que cette indifférence pour leur travail, ne serve qu’à renforcer des a priori ou des pré jugements malsains et à alimenter des pratiques confortables.
Volet décalé:
Je vous passe bien volontiers le mot. Je vous remercie, reconnaissante, souriante et comblée, d’avoir bien voulu me passer la chose.
Concernant les XVIIe et XVIIIe, grâce à cette si réjouissante bibliothèque qu’est le blog, je vais devenir une pointure en culture gé.
Et, pour ce qui est de notre chose, c’est mon dernier mot, très cher Jean-Dominique.
Rédigé par: Véronique pour Jean-Dominique | 02 novembre 2006 at 07:02