Les variations Sarkozy
Entre les deux tours d'une campagne présidentielle, on a tous les droits. Les billets ont la permission de s'évader de leurs limites strictes et on peut même dire du bien de l'adversaire d'en face. Dans l'immense vivier qui s'emplit jour après jour avec l'écume des choses et la substance des idées, le ridicule et la grandeur de moments vus et captés, qui pourrait me reprocher d'aller puiser, aujourd'hui, au milieu du gué, ce que bon me semble ?
Le premier meeting de Nicolas Sarkozy après le premier tour, à Dijon. Un remarquable discours. Au premier rang, un couple que je ne me lasse pas de regarder tant sa présence réduit presque à néant la densité de l'argumentation développée à la tribune. Eric Besson qui a trahi avec Enrico Macias qui a chanté. L'un a abandonné sans panache Ségolène Royal quand l'autre nous avait habitué à son enthousiasme langoureux pour François Mitterrand. Le tableau n'est pas beau. Une pincée de comédie grotesque sur une scène de qualité.
Nicolas Sarkozy, selon le Monde, a déclaré hier soir à France 2 :"Je ne suis pas candidat pour plaire à un petit milieu parisien, entre le boulevard Saint-Germain et l'Assemblée nationale. Ce ne sont pas la presse, les sondages, les élites qui m'auront choisi, mais les Français." Comme c'est juste et bien pensé ! En même temps, quand on regarde le reportage dans Paris-Match et l'environnement familier de Nicolas Sarkozy, on se dit que ce n'est pas le même homme que celui qui se réclame du peuple. La vulgarité artistique, l'argent, une mondanité ostensible, le mélange frimeur des genres, l'univers qui l'entoure ne fait pas peur, il gêne. Pour ma part, entre l'évidence, la clarté et la simplicité de son projet judiciaire, son incroyable aptitude à s'accorder sur beaucoup de sujets au sentiment majoritaire et ce que l'on devine de la mousse dont son existence non politique a besoin, j'ai du mal à m'y retrouver. J'aurais préféré un Sarkozy plus discret. Qu'il se méfie : il y a dans la réserve, dans la tenue, dans l'allure de son adversaire socialiste une absence de clinquant et de parisianisme qui pourrait séduire et entraîner ceux que les programmes ne convainquent jamais.
Pascal Clément, dans l'Express et interviewé par Gilles Gaetner, considère que la Justice a été la priorité de la législature. Il défend son bilan, évoque l'augmentation du budget et avec une certaine réussite fait passer un message d'optimisme. Se disant persuadé que la justice sera encore la priorité de la prochaine législature, il offre de lui-même garde des Sceaux une image qui n'est pas médiocre. Je sais qu'il a été à la mode de s'en prendre à lui avec souvent de la condescendance car il fallait bien que notre attente de justice, forcément déçue, trouve un responsable à blâmer. Au contraire, avec les moyens du bord, il a fait ce qu'il a pu et en dépit d'attaques convergentes des syndicats et des parlementaires trop heureux de se défausser, il a tenu le choc avec un grand courage intellectuel. Il ne s'est pas rué avec inélégance, comme tant d'autres, vers le succès prévisible. J'espère qu'il n'en sera pas écarté.
Je rapproche Pascal Clément de mon collègue Serge Portelli dont je viens d'apprendre que le livre publié sur le Net suscite un intérêt très vif. L'ouvrage pourfend la politique du ministre de l'Intérieur. Je ne suis pas du tout d'accord avec les thèses de l'auteur. Je n'avais pas non plus apprécié son comportement face à Nicolas Sarkozy, dans l'émission de Serge Moati, Ripostes. Il n'empêche que je suis heureux qu'il ait retrouvé un éditeur. Rien ne me paraît pire que d'étouffer une contradiction en l'interdisant. Rien ne me semble plus beau que d'y répondre par la pensée et par l'action.
Mais que Serge Portelli ne s'y trompe pas. S'il peut ainsi attaquer une politique et sans doute demain continuer à le faire, c'est qu'il en a trouvé et en trouvera une en face de lui. Ceux qui pourfendent Nicolas Sarkozy devraient rendre grâce à la force et à la consistance d'une pratique intellectuelle, sociale et politique qui leur permet de s'affronter, parce qu'elle s'inscrit fortement dans l'espace républicain, non pas à du flou et à du volatil mais à un humanisme qui ne désarme pas et ne veut pas être désarmé. Le combat, alors, en vaut la peine.
Pour finir, un léger sourire. Avant le premier tour, Yves Bot et Philippe Courroye affirmaient éprouver beaucoup d'amitié pour Nicolas Sarkozy. Nul doute que ces protestations d'amitié vont se multiplier s'il gagne.
Il n'y a pas de raison pour que la magistrature soit dépourvue de sens politique. L'opportunisme peut être un art.
Je ne vois pas trop ou vous voulez en venir.
Si la politique de NS est critiquée, c'est qu'au moins, il en a une. Soit, mais qu'est-il écrit entre les lignes ? Que ce n'est pas le cas de son adversaire qui s'inscrit plutot dans le flou et le volatil ?
Libre à vous de préferer un candidat à l'autre, c'est un droit - c'est même un devoir d'exprimer cette préférence avec un bulletin de vote. Vous avez ici même dénoncé, à très juste titre, l'amalgame sarko-facho. Merci de ne pas entretenir ségo-trou d'air.
Quant à Pascal Clément, je suis moins indulgent que vous à son sujet. C'est lui qui n'a pas su profiter de la catastrophe dite d'Outreau pour lancer des réformes audacieuses. Au terme de son exercice, le budget de la justice a augmenté. Mais quelle est sa contribution à l'aspect qualitatif de la justice ?
Enfin n'oublions pas qu'il n'est pas à une contradiction près. SR a tenu des propos extrêmement maladroits, voire surréalistes, sur la rapidité des tribunaux chinois. A cette époque le garde des Sceaux faisait probablement parti des hordes beuglantes qui hurlaient au scandale. Etrange pour qqun qui signe moins de 2 mois plus tard des accords d'extradition vers la Chine.
Rédigé par: nicolas | le 27 avril 2007 à 23:48
En vérité, la dichotomie que vous soulignez à l'égard de Nicolas Sarkozy est justement ce qui est le plus effrayant pour ceux qui, comme moi, le considèrent davantage comme un Rastignac ou un Julien Sorel que comme un homme d'Etat.
Avocat d'affaires, il n'a jamais défendu que des banques contre de pauvres particuliers qui ne payaient pas les mensualités de leur crédit immobilier. C'est dans son cabinet d'avocat que se sont tissées ces amitiés avec certains grands patrons, ses clients, amitiés de ceux qui se tiennent les uns les autres par la barbichette, chacun ayant un cadavre planqué quelque part.
Politiquement, ses combats furent internes à sa propre famille : gagner Neuilly contre son mentor Pasqua, se faire offrir les Hauts-de-Seine, trahir Chirac.
C'est la première fois de sa vie, dans sa carrière politique déjà longue, qu'il affronte une opposition politique dans une élection, ce n'est pas un familier de la démocratie et il n'en connaît pas les petites grandeurs de terrain.
Certes ce clinquant, ces goûts de parvenu ne sont pas dangereux en eux-mêmes sinon qu'ils expriment premièrement un brouillage des priorités morales d'un personnage obsédé par le dépassement des malédictions paternelles et, deuxièmement, un fossé immense entre le personnage réel et sa posture. Et cela lui collera aux basques quel que soit son destin de dans 8 jours : être un homme sans culture - et qui a choisi de l'être au regard de son parcours - le place intrinsèquement dans une situation de flottement éthique.
Reconnaissons qu'à l'inverse, S. Royal a gagné sa popularité actuelle en affrontant Raffarin dans son fief dans un vrai combat politique.
Eric Besson me fait vomir comme me ferait vomir une personnalité de droite qui irait à la soupe au PS pour des motifs aussi obscurs que sordides. Je ne pense pas, cependant, qu'on ferait une place à un gugus de ce genre dans un meeting du PS.
Je partage votre avis sur Pascal Clément, qui a su être lucidement pragmatique sans renoncer à réformer ce qui pouvait l'être, sans forfanterie et sans illusion, et qui fut - le record était difficile à battre - bien moins calamiteux que son prédécesseur.
Une précision : Portelli n'a pas trouvé d'éditeur, il s'est édité lui-même sur le site d'édition lulu.com qui lui permet de vendre son livre. Le site lulu.com est américain...
Rédigé par: Jean-Dominique Reffait | le 28 avril 2007 à 00:02
La musique a sept lettres, l'écriture a vingt-cinq notes : il est des écrivains, vous êtes assurément un auteur !
En effet, dès qu'on entame un de vos billets, on entend et reconnaît votre" voix ". Vous réussissez à fondre la parole et l'écriture.
Mais je préfère me taire, mieux valant à mes yeux et aux vôtres je pense , "ami" grondeur que flatteur ...
Il faut en effet et avec vous, savoir être caustique sur tout : seule humaine façon de friser la lucidité sans tomber dedans.
Le rôle que vous vous êtes assigné, notamment sur ce blog, est à mon sens, au risque de me tromper, de militer pour cette même lucidité au regard des processus en cours en pratiquant avec " talent " la distance que confère l'indépendance.
Je n'ignore pas que pour autant, vous prônez aussi l'interdépendance et notamment sur les questions de "Justice "...
Alors permettez-moi, souhaitant que vous n'y voyez aucune flagornerie, de vous remercier de nous permettre de débattre, de nous quereller parfois mais surtout de réfléchir ensemble donc de déranger nos idées, de quereller ce que nous croyons savoir...
La société actuelle est une comédie pour ceux qui réfléchissent et une tragédie pour ceux qui sentent : merci de favoriser notre réflexion et de contribuer à nos sensations !
Rédigé par: Parayre | le 28 avril 2007 à 00:38
Quelques commentaires divers :
- Je trouve que tout le monde est bien sévère avec Eric Besson. Pour ma part et jusqu'à preuve du contraire, je le crois sincère. Donc, présomption d'innocence d'abord.
- Puisque l'on parle de la justice et que tout le monde en est à réclamer toujours plus de budgets, permettez-moi de dire que la maison justice doit d'abord balayer devant sa porte, se réorganiser, s'évaluer et donc mieux utiliser les moyens existants.
- C'est vrai que certains côtés de Nicolas Sarkozy sont agaçants mais je trouve que la vision qu'il développe pour la France est porteuse d'espoir, qu'il est très volontariste et cohérent. Par contre, l'ancrage idéologique, le programme économique et une certaine arrogance de Ségolène Royal me feraient craindre le pire.Cependant, au vu des derniers sondages, je suis plutôt rassuré.
Rédigé par: Duret | le 28 avril 2007 à 07:56
A Jean-Dominique Reffait ,
« Eric Besson me fait vomir comme me ferait vomir une personnalité de droite qui irait à la soupe au PS pour des motifs aussi obscurs que sordides. Je ne pense pas, cependant, qu'on ferait une place à un gugus de ce genre dans un meeting du PS. »
Attention : ne parlez pas trop vite !
Attendez au moins pour dire cela que la campagne pour le deuxième tour soit terminée et que vous n’ayez pas vomi à la constatation de la présence à un meeting de Ségolène d’un autre "gugus" sans cesse critiqué comme « de droite » pas plus tard qu’avant dimanche soir et comme, dans un décor politique inverse, Gaston Defferre s’était retrouvé au premier rang d’une assistance conquise à Alain Poher en 1969 !
Je crois que c’est bien parti pour se reproduire avec le gugus que je ne nommerai pas.
Aussi me permettrai-je de vous conseiller de ne point trop manger d’ici dimanche en huit et de ne pas hésiter sur la consommation de digestifs.
Rédigé par: dab | le 28 avril 2007 à 08:17
Il me plaît que vous analysiez l'entourage de monsieur Sarkozy d'une façon identique à la mienne. C'est idiot, mais dans ma tour d'écriture nocturne, je ne suis guère confronté à d'autres opinions, aussi le doute légitime qui m'habite est de savoir si d'autres observations corroborent les miennes, si mon filtre, car je pense que nous en avons tous un, n'est pas trop pollué. C'est rassurant lorsque je constate qu' une personne pragmatique fait le même constat.
Il y a une certaine assurance chez Nicolas Sarkozy qui me semble un bon signe pour cette fonction à ce moment donné. Il lui faudrait, je pense le zeste de fantaisie de Charles de Gaulle et cette même idée de grandeur de la France comme ossature au raisonnement politique.
Puisque "ensemble, tout est possible" alors pourquoi pas une France grande et rayonnante ?
C'est tellement ce dont nous avons tous besoin.
Pour les réformes de la justice, il y pense ?
Je ne suis pas au courant de ses aspirations dans ce domaine.
Sera-t-il seulement élu ?
Rédigé par: Ludo Lefebvre | le 28 avril 2007 à 08:20
Monsieur ne se lassait pas de regarder, hypnotisé, les images dans Paris-Match. Il se désespérait des soutiens voyants de Monsieur Sarkozy. Notre Théodore l’avait déjà prévenu dans son journal. Il y a des soutiens qui peuvent être des handicaps avait-il écrit quelques mois en arrière...
Comme je l’avais expliqué à ce même Théodore, Nicolas était d’une sincérité maladive. Ses copains c’étaient ses copains. Les clôtures, les couvents, Aliénor construisant Fontevraud, ce n’était tout simplement pas son genre.
Et je sentais une légère contradiction chez Monsieur. Il souhaitait pour Pascal une récompense. Mais, bien que Monsieur Clément
"avec les moyens du bord, (ait) fait ce qu'il a pu et en dépit d'attaques convergentes des syndicats et des parlementaires trop heureux de se défausser, il (ait) tenu le choc avec un grand courage intellectuel",
je pensais que, dans une République irréprochable, Pascal n’avait fait que son devoir et rempli au moins mal la mission qu’on était en droit d’attendre de lui.
Les rubans ne sont pas dans l’esprit ou dans le désir des aristocrates.
Et bien tristement, à lire la conclusion de Théodore, on se surprenait à songer que la noblesse et les caractères , décidément, ce furent des choses bien rares dans les palais de Monsieur.
Rédigé par: Véronique | le 28 avril 2007 à 08:50
Trop d'anti-sarko a victimisé ce dernier et j'ai observé autour de moi les réactions des gens qu'on ne voit jamais derrière les micros, les caméras ; ce sont tous des "gens de peu" comme on dit sans être péjoratif mais ils sont très lucides, humbles, habitués au respect, à la discipline, à la morale, tous les pans sociaux y sont représentés, de la ménagère en passant par l'ouvrier, l'artisan et même des chomeurs, tous avaient cette réplique qui revenait très souvent quand ils parlaient de politique : " la gauche ? Ils ne savent que critiquer Sarkozy ! A l'évidence , il ne se passait pas un jour aux actus, à des débats divers et surtout chez Ruquier, où des personnalités de gauche, des acteurs et comédiens s'échinaient à diaboliser Sarkozy ; pour beaucoup de gens : trop c'est trop, surtout pendant les questions au gouvernement à 15h où l'on assistait à un spectacle honteux de petits vieux vociférant, harcelant les ministres de questions au ton polémique ce qui ne donnait pas du tout envie de donner un bulletin en leur faveur ; il faut exclure Ségolène de cette bande de braillards, elle s'est toujours tenue correctement, a toujours respecté son adversaire et a posé de vraies questions de fond, si vous pouviez visionner des cassettes de cette émission vous verriez d'où vient un des maillons de votre défaite, c'est dommage pour Sego, sans les Ruquier, Miller, Alévêque et autres artistes, sans les députés excités sur les bancs de l'assemblée : Néri , Bonrepaux , Bataille , Emmanuelli , Glavany , Montebourg et son éternel rictus haineux et bien d'autres, sans ce "tout sauf sarko" bref cette diabolisation ignoble d'un autre temps orchestrée contre un individu, je pense et je suis pas le seul que Ségo aurait pu passer ; il faut rajouter le bouquet final, l'apothéose de vos erreurs : Jack Lang le pire hypocrite que le monde politique ait connu et champion toutes catégories de la langue de bois ; arrêtez ces campagnes d'invectives envers une personne qui ne vous plaît pas, ça rappelle trop à beaucoup de gens les débuts du nazisme et du stalinisme.
Rédigé par: AMBROSI | le 07 mai 2007 à 08:52