Je sais que ce billet va susciter l'ire des avocats qui me font le plaisir de venir visiter ce blog ou même de commenter certains de mes posts.
Avant de m'attacher à la rencontre du garde des Sceaux avec le Conseil national des barreaux présidé par Paul-Albert Iweins - manifestation paraît-il houleuse -, un mot sur la visite du ministre en Corse, à la suite de l'attentat au Palais de justice de Bastia. Je relève que, selon le Monde, le président de la République l'a chargée de transmettre à tous les magistrats et fonctionnaires exerçant sur l'île "son soutien et sa confiance". Je suis persuadé que cette adresse les a réconfortés. Dans ses déclarations, Rachida Dati a souligné , au nom du président et au sien propre, que la politique menée contre le terrorisme "serait sans faiblesse". J'ai apprécié qu'elle ne s'oublie pas.
Consultant sur Internet le site du Nouvel Observateur, j'ai pris connaissance d'extraits du discours très offensif prononcé par Paul-Albert Iweins qui affirmait refléter la position des 46000 avocats du CNB, et de fragments de l'intervention du garde des Sceaux.
Si j'ai moi-même, comme d'autres, dénoncé les risques de mesures prises dans l'urgence qui seraient dictées par l'émotion, et mis en garde contre le danger, aussi bien pour les victimes que pour l'Etat de droit, de la comparution judiciaire des personnes déclarées irresponsables, je récuse en revanche totalement la dénonciation par le barreau de la "tonalité répressive" de la politique pénale initiée et, plus généralement, le discours moralisant et donneur de leçons qui l'accompagne.
On ne va tout de même pas revenir indéfiniment sur les peines planchers qui, votées sans l'ombre d'une véritable contestation parlementaire, ne deviendraient mauvaises que parce qu'elles font l'objet de la vindicte des avocats ressassant l'individualisation des peines. Ils savent pourtant comme la rigueur mécanique du texte est largement tempérée, même pour des récidivistes conséquents, par une double atténuation possible. Ils n'ignorent pas que la pratique en a déjà fait un usage substantiel et qu'apparemment, la société ne s'en plaint pas. J'ajoute qu'une grande loi pénitentiaire sera débattue à la fin du mois de novembre et tentera de répondre à ce que la nécessaire sévérité pourrait avoir d'encore plus dramatique pour l'état des prisons.
En réalité, derrière cette contestation qui s'éternise et qui est devenue sans effet, je pressens à nouveau que l'avocat s'estime juge du sentiment populaire et n'est pas loin de tenir pour rien le fait que des promesses présidentielles, avalisées par l'élection, aient été mises en oeuvre. Alors, l'accent mis sur la "tonalité répressive" n'est au fond que la critique de ce qui a été donné au citoyen et qu'il a voulu. N'y a-t-il pas, contre cette adhésion populaire trop vite baptisée ici ou là de populisme, l'irruption d'une forme d'arrogance, l'affirmation du technicien, du compétent, de l'humaniste contre ceux qui ne savent pas, qui ont besoin qu'on leur serine à perte de vue que ce qu'ils exigent est une catastrophe, ce qui leur fait peur une illusion ?
De même qu'il serait inconcevable de prétendre, pour les magistrats, disposer d'une politique pénale à la mesure de leur seule appétence répressive, on ne saurait l'élaborer à l'unique aune des avocats. Le fait qu'ils la décrient ne signe pas sa médiocrité ou sa malfaisance. Simplement l'évidence que l'avocat l'est toujours même quand le citoyen, chez lui, pourrait être appelé à prendre la relève. Pourquoi ne pas passer du corporatisme professionnel à une vision plus large, une approche plus globale où la responsabilité sociale constituerait l'impératif dominant ? Pourquoi refuser de faire le saut qui permettrait au technicien de rejoindre le citoyen ?
Certes, l'avenir est riche encore de réformes importantes à accomplir mais elles n'auront pas besoin du seul aval des avocats. Ou, plutôt, elles auront du sens même s'ils les dénoncent. Contre eux, contre nous peut-être, il y aura à batailler pour faire triompher la société.
Vous permettez, Maître, qu'on dépasse les limites de votre monde pour favoriser le bonheur et la sécurité de tous ? Avocat vous êtes mais citoyens nous sommes.
En voilà une "chienne d'idée de bouquin" : Le Nouveau Code Mondain de la Justice.. Juste de quoi réconcilier Gens du Monde et Noblesse de Robe...
J'aimerais bien avoir l'honneur de l'écrire avec vous, en humble qualité de co-auteur, ou de "nègre" servil comme j'en ai l'habitude !!
Écrivez-moi, contactez-moi... Saisissons l'idée au vol pour la remettre dans "l'air(e) du temps"
MERCI pour votre bienveillante attention, Monsieur l'Avocat général
Rédigé par: Jacques | 04 octobre 2007 à 21:12