Pendant qu'on glose des jours durant sur le "casse-toi, pauvre con" du président de la République et sur sa demande d'avis au Premier président de la Cour de cassation après la décision du Conseil constitutionnel, des scandales infiniment plus graves risquent de se perpétrer en douce, dans l'indifférence générale.
A Poitiers, en particulier. Et ce n'est pas celui qu'on croit.
D'après le site de 20 minutes et le Monde, des étudiants de la Faculté de Poitiers, soutenus par la présidence de celle-ci, des professeurs et des politiques, se sont mobilisés contre l'affectation d'un professeur d'histoire du droit, en raison de son passé au sein du mouvement d'extrême droite le GUD.
Cet enseignant, Benoît Fleury, parce qu'il a été reçu premier à l'agrégation, avait le droit de choisir librement la Faculté où il désirait exercer. C'est la règle universitaire, elle s'impose à tous et elle doit bénéficier à quiconque se trouve en statut de pouvoir réclamer son application. A Benoît Fleury comme à tout autre, partout ailleurs en France.
Ce n'est pas la conception qui prévaut à Poitiers.
D'abord, une pétition réunissant quelque deux cent cinquante signatures, dont celles de trois députés socialistes de la Vienne et du Doyen de la Faculté des sciences humaines et arts, prétend s'opposer à la venue de ce nouvel agrégé parce que son passé ne plaît pas.
Ensuite, le président de l'Université Jean-Pierre Gesson s'est fendu d'une déclaration qui constitue une merveille sur le plan de l'hypocrisie et de la défausse. Jugez-en. "Les affectations, la plupart du temps, ne posent pas de problèmes mais la venue de ce juriste et nouvel agrégé d'histoire du droit est une source de trouble". Le conseil d'administration, en suite logique de cet admirable courage, a fait part de "sa plus vive inquiétude" et a demandé au président de la République (qu'on accuse, par ailleurs, de se mêler de tout !) de ne pas procéder "à la nomination et à l'affectation à Poitiers de Benoît Fleury... compte tenu de l'opposition de la communauté universitaire et afin d'apaiser les tensions".
Enfin, des étudiants (au fait, on ne sait jamais combien !) ont annoncé qu'ils perturberaient les cours du nouvel agrégé en lui rappelant à chaque fois son passé et exigent "qu'il renie ses engagements passés au sein du GUD".
Dans une démocratie digne de ce nom, cette simple relation devrait suffire pour faire dresser les cheveux sur la tête de n'importe quel citoyen même moyennement éclairé. Je n'ai pas l'impression que la France soucieuse des droits et des libertés va bouger pour Benoît Fleury. Mais j'oubliais : il était au GUD et cela suffit pour disqualifier son classement dont tout de même un certain nombre d'universitaires doivent être jaloux.
Commençons par les étudiants. J'ai déjà connu des imbéciles de cette sorte, mais aux antipodes politiques, qui au temps de ma jeunesse ne cessaient d'empêcher Maurice Duverger de faire cours en l'obligeant à se souvenir d'anciennes faiblesses. Les périodes, sur ce plan, se suivent et se ressemblent, tant la bêtise représente un impressionnant et durable dénominateur commun, un trait d'union inaltérable. Ainsi, aujourd'hui, parce qu'il émanerait de quelques jeunes gens excités, le totalitarisme serait acceptable et même respectable ? Sans faire frémir autour de soi, on pourrait pousser l'impudence jusqu'à vanter le désordre à venir, et l'arrogance jusqu'à exiger une contrition au sujet d'un passé qui ne devrait regarder que celui qui l'a connu et vécu dès lors que rien ne le rattache à un présent qui aurait un titre quelconque à le sanctionner. Va-t-on solliciter de ces inquisiteurs de poche une repentance pour les quelques mauvaises pensées ou attitudes médiocres que même eux ont pu abriter ou commettre ? Cette dictature d'un certain jeunisme, en dépit de la "conscience" politique qu'il s'attribue généreusement, n'est rien de moins, la plupart du temps, que l'intimidation d'un jusqu'au boutisme ignorant sur des lâchetés adultes.
Et ce totalitarisme tristement précoce est si pressé d'en découdre qu'il serait hors de question de laisser l'expérience suivre son cours, Benoît Fleury dispenser son enseignement et la règle être respectée. Et de faire le bilan ensuite, s'il y a lieu. Un tel retard serait intolérable. Il faut vite casser la mécanique dont le fonctionnement pourrait contredire toutes les craintes, et d'abord celles de l'intolérance et de l'idéologie.
Mais le président Gesson et son conseil d'administration n'étaient pas naturellement voués aux affligeantes reculades et sollicitations que j'ai rappelées. Rien ne les contraignait au pire qui en l'occurrence est une fuite éperdue de leurs devoirs. Comme il convenait de trouver un prétexte pour cet égarement, on a utilisé une méthode qui a déjà beaucoup servi. La formule est en effet d'un admirable opportunisme qui évoque "une source de trouble", le trouble étant précisément et seulement suscité par l'entrave mise à l'application de la règle et au respect des principes. Autrement dit, pour se justifier on se fonde sur un risque et une faute dont l'un et l'autre vous sont imputables. A supposer même que la rigueur de l'éthique universitaire puisse faire naître quelques contestations et dissidences, est-il permis d'interroger le président Gesson sur la conception qu'il se fait du rôle d'un chef ? Celui-ci n'est pas destiné aux temps calmes, "pour les affectations qui ne posent pas de problèmes", mais au contraire pour celles légitimes qui seraient pourtant attaquées. On n'a pas besoin d'un président d'université pour accompagner les mouvements faciles mais pour favoriser les opérations nécessaires. Derrière ces palinodies, le garant du droit, de l'équité et de la justice se déleste de sa mission pour la "refiler" au président de la République. Je ne doute pas une seconde que, parmi ces excellents apôtres, et j'y inclus les politiques concernés, il y avait probablement des adversaires de la démarche présidentielle de saisine de la Cour de cassation au motif qu'il aurait contourné l'Etat de droit. Et eux, réellement, en petit, qu'ont-ils fait d'autre, alors qu'ils n'ignorent pas que Benoît Fleury mérite d'enseigner à Poitiers mais qu'ils espérent transmettre à d'autres la responsabilité à assumer et la règle à observer. Après nous, le courage du quotidien !
La pétition a été avalisée notamment par trois députés socialistes. Je pourrais dire que c'est de bonne guerre au regard de l'histoire ancienne de Benoît Fleury mais je n'ai jamais présumé l'ineptie chez les élus de quelque bord qu'ils soient. Leur signature sur un tel document et pour le motif allégué est grosse d'un danger républicain qui dépasse de très loin la situation de notre agrégé. A force de ne jamais voir plus loin que le bout de leur idéologie, les députés finiront par détruire ce qui les légitime. Ils n'ont de sens et la représentation qu'ils mettent en oeuvre n'a de crédibilité que dans un Etat de droit. Qu'ils ne se leurrent pas. Le battre en brèche modestement, pour ne pas désobliger l'idéologie, c'est déjà trop, et cela va ouvrir d'autres espaces négatifs. Il n'y a pas d'infimes reculs quand la règle est claire, universelle, honorable et qu'on la transgresse.
En réalité, on attendrait une voix qui ait la force et la pertinence indéniables pour dire : cela suffit, ce sera comme cela ! Sans doute le plus grand malaise contemporain vient-il du fait que toutes les paroles se voulant et se croyant légitimes, plus aucune ne l'est, et qu'aucune instance ne fait plus AUTORITE ? Des démissions et des lâchetés de tous les pouvoirs intermédiaires jusqu'à la validité sans cesse contestée du Pouvoir, la société ressemble à une escalade dans laquelle plus aucune prise assurée ne serait possible. Où sont les maîtres, où sont les héros et les exemples, où est passée cette capacité exceptionnelle de penser, de diriger et de juger contre soi ? On a sans doute confondu trop vite la République avec l'indifférenciation de tout et pour n'avoir jamais voulu porter atteinte au mythe dévastateur et stérilisant de l'égalité, on a perdu les repères fiables, les critères indiscutés, les lumières évidentes, les citoyens capitaux. La règle dépend aujourd'hui du bon vouloir de ceux qui sont en charge. La lâcheté généralisée engendre un monde déboussolé. Le tissu national se déchire plus gravement à cause de ces relativismes subjectifs que par les apparentes offenses des transgressions ordinaires.
Je n'ai pas voulu écrire la phrase qu'on attendait de moi. Pour mon argumentation, j'ai refusé d'évoquer Benoît Fleury, le GUD, l'extrême droite en les condamnant. Cette solution de facilité, auprès de certains, aurait donné plus de prix à ma dénonciation. A mon sens, c'est le contraire. Abriter le droit, la liberté d'expression sous la morale, c'est les démonétiser, violer leur essence. Ma position n'aurait pas varié d'un pouce si, par extraordinaire, une telle affaire avait concerné un ancien militant de l'extrême gauche violente. Je préfère le roc des principes aux fluctuations des affinités dans ce domaine fondamental pour la démocratie.
Honte sur Poitiers si Benoît Fleury n'y est pas affecté.
Eh bien moi Monsieur l'avocat général, je n'aurai pas les mêmes scrupules et j'évoquerai le GUD, l'extrême-droite et le passé de Benoît Fleury. Pour faire court, ils me révoltent. Et pourtant, je suis, comme vous, scandalisé par l'attitude des étudiants de Poitiers et surtout du Président de l'université et de son conseil. Fleury a été condamné pour ses actes, puis gracié. La République l'a donc absous de ses actes et je ne vois pas au nom de quoi on peut s'opposer à une nomination décidée par un processus légitime et due seulement à ses compétences, en même temps que les mêmes s'insurgent, à juste titre, contre l'attitude du Président de la République qui essaye de circonvenir une décision sans appel du Conseil Constitutionnel.
La litanie de ces microscopiques coups d'Etat provoqués par des minorités agissantes soutenues par des notables lâches et bien-pensants fait plus pour miner la démocratie que les fariboles de notre ubuesque dirigeant suprême.
Rédigé par: Leo S. | 27 février 2008 at 00:56
Pourquoi honte sur Poitiers ? Cette ville a pour honneur son histoire et les poitevins (et non pictaves) n'ont pas à supporter cette honte.
Non, honte sur ceux qui, de Poitiers, veulent faire pression par une revendication corporatiste sur une affectation légitime.
Ce n'est plus la démocratie par le biais de la majorité numérique, mais par la majorité "décibélique" qui a droit de vote... heu pardon... je voulais dire de veto...
Cordialement
Rédigé par: Pierre-Antoine | 27 février 2008 at 01:05
Les socialistes représentent souvent la démocratie à condition que ce soit la leur, pas étonnant que Mussolini fut tant inspiré en ayant baigné vingt ans dans ce parti.
Dans les commentaires vous trouverez des contributeurs certainement enclin à trouver démocratique ce genre d'abus, un principe de précaution invoqué, or en observant doxa, médias, politique, je nous trouve dans un totalitarisme avec des effets à venir des plus inquiétants.
Ce jeune homme est brillant, il n'a pas volé sa nomination et le délit d'opinion, de "sale gueule" n'a en rien à l'empêcher d'une affectation, les gauchistes et leurs jumeaux les umpistes nous emmerdent avec leur menace fasciste fictive, leur diktat, leur volonté de penser à la place des autres, qu'ils lui laissent faire cours et vivre.
Les aboiements du moment finissent par me rendre sympathique le pitbull, lui au moins peut être sociabilisé et on peut lui mettre une muselière.
Voici donc mon nouveau projet de réforme : mettre une muselière aux umpistes qui disent "casse-toi pauvre con" comme à ces décérébrés d'antiracistes racistes.
"Pour moi donc j'aime la vie. Nature est un doux guide", disait Montaigne; faites comme moi, allez marcher de longues heures dans la nature et la solitude loin de tous ces cons, c'est toujours ça de gagné.
Rédigé par: Ludovic Lefebvre | 27 février 2008 at 01:15
L'affaire Benoît Fleury a été évoquée par le journal Libération le week-end dernier.
Il est juste de dire que ce que les instances dirigeantes de l'Université de Poitiers infligent à Benoît Fleury est proprement scandaleux. Leur attitude est illégale.
A partir du moment où on permet à un docteur de se présenter au concours de l'agrégation, on admet implicitement qu'il sera créé automatiquement professeur une fois qu'il aura été déclaré reçu.
Les instances dirigeantes de l'Université de Poitiers perdent toute crédibilité en s'attaquant à un jeune professeur, major de concours, qui a certes appartenu à une structure d'extrême-droite.
Les défenseurs de Benoît Fleury peuvent aussi se contenter de faire valoir qu'un jeune a le droit de s'égarer intellectuellement.
L'avocat général Bilger a le droit de faire un parallèle entre la situation de Benoît Fleury aujourd'hui et celle de Maurice Duverger hier.
Ce dernier, on le sait, fut accusé d'avoir, en tant que juriste, cautionné l'injuste décision du régime de Vichy à l'encontre des fonctionnaires juifs. L'affaire Duverger donna même lieu à un développement judiciaire, lequel fut favorable au concerné ; à cet égard, il faut rappeler que Charles Eisenman, professeur à la faculté de droit de Paris, estima, en tant qu'expert juridique consulté, que rien dans l'article incriminé de Maurice Duverger ne pouvait autoriser à considérer celui-ci comme un défenseur du régime de Vichy. Toutefois un auteur d'une étude sur "La doctrine sous Vichy ou les mésaventures du positivisme juridique", contenue dans un livre - publié aux éditions PUF il y a bientôt vingt ans - sur "Les usages sociaux du droit" chercha à lancer de nouvelles attaques contre Maurice Duverger.
Pour en revenir à l'affaire Fleury, on ne peut pas ne pas dénoncer l'hypocrisie du système : on reconnaît à un Français des qualités éminentes pour exercer le métier d'enseignement supérieur, mais on lui explique que, bien qu'étant agrégé, il ne peut pas enseigner au motif qu'il a appartenu à une organisation politiquement détestée.
Je pose alors la question suivante : pourquoi ne pas avoir informé Benoît Fleury avant le concours d'agrégation que, même reçu à l'issue de celui-ci, il ne serait pas créé professeur?
De même, je trouve hypocrite qu'on critique un parti d'extrême droite alors que dans le même temps on explique que le jeu démocratique interdit de ne pas l'autoriser à se lancer dans la compétition politique.
Je suis incapable de nommer l'extrême droite. Je ne sais même pas ce qu'est la droite non-extrême.
Seulement j'observe souvent que l'homme a tendance à ne voir les défauts que chez les autres.
Je réclame que nous soyons tous cohérents et logiques.
Si on ne veut pas qu'une personne considérée comme appartenant à une structure dite d'extrême droite soit professeur, on lui ferme la porte des études de doctorat et, si on a oublié de prononcer cette fermeture, on lui oppose l'interdiction de se présenter à un concours de recrutement.
Rédigé par: LABOCA | 27 février 2008 at 02:13
Rien à rajouter, si ce n'est de rappeler les "convergences" entre les Gudards et le Professeur Maurice Duverger que vous citez, pourtant communiste, convergences humoristiquement reprises dans une BD d'anthologie, "Les rats maudits".
On pouvait penser que l'Université était un lieu de tolérance et de discussion (parfois animée). On constate qu'elle reste le lieu de l'anathème à sens unique et de l'invective. Que n'a-t-on pas trouvé de tels censeurs contre la présence de Boudarel à Jussieu jusque dans les années 1990...
Bien cordialement à vous
Rédigé par: Charles | 27 février 2008 at 03:01
Les gens qui censurent Benoît Fleury pour des cours et des propos qu'il n'a pas encore donnés ou tenus dans ses nouvelles affectations sont-ils censés être de futurs juristes ? Il semble qu'on puisse de plus en plus être condamné à l'avance de faits pas encore commis ou de propos pas encore tenus...
Rédigé par: JLS | 27 février 2008 at 07:48
Sectarisme ou fanatisme seraient plus à même pour étayer ce billet. Philippe Bilger, vous citez le mot juste quand vous écrivez "inquisiteurs", mais qu'ils soient de poche ou pas , l'orthodoxie de l'inquisition, celle de Grégoire IX, de Bernard Gui est de retour. Cette dernière ne se souciait pas du savoir mais de l'orthodoxie religieuse présente, passée ou à venir comme l'université de Poitiers est en train de se soucier d'un professeur dont le passé et peut-être le futur ne seraient pas en conformité avec l'orthodoxie de gauche ; peu importe le savoir qu'il ait à transmettre, l'université ne sera bientôt plus faite pour transmettre ce savoir mais s'assurer de la bonne hygiène politique des étudiants .
Pas de carte au PS, au PCF ou à la LCR alors pas de diplôme(s)... Ira-t-on comme le fit l'Inquisition fouiller dans le passé très lointain des ancêtres et interdire d'études celui ou celle qui a eu un arrière grand-oncle à l'Action française ? Ou des élèves ayant assisté aux cours d'un professeur taxé d'hérétisme politique se verront-ils eux-mêmes interdits d'université et à leur tour devenir suspects ?
Je ne peux m'empêcher de faire un parallèle avec l'Inquisition, laquelle renvoya la prospérité du Languedoc "hérétique" à l'obscurantisme féodal mais bien-pensant du nord de la France. Cet engrenage dans lequel l'université de Poitiers à mis le doigt a valu à la France et une partie de l'Europe un retard tant sur le plan économique, scientifique ou juridique de plusieurs siècles. L'exemple le plus flagrant est Galilée. Va-t-on rechercher la copie d'agrégation de ce professeur afin de trouver dans celle-ci la phrase ou le mot qui sera commenté sur le fond et invalidera son titre faisant par la même occasion porter un regard suspect sur le jury.. Peut être qu'en adjurant il ne verra pas ses diplômes invalidés et ne sera qu'à vie interdit de cours. Bien sûr, s'il revient sur cette abjuration et devient donc relaps il se verra confié au bras séculier... Les accusations en vu d'un autodafé doivent d'ailleurs déjà être sous le coude de l'inquisiteur local ; antisémite, islamophobe, négationniste, révisionniste... des mots qui sentent le fagot.
Honte enfin à ces élus qui n'ont plus notion de l'Etat de droit et cautionnent l'arbitraire le plus absolu, le retour à l'avilissement humain. Ils devraient savoir que les petits barons locaux qui ont soutenu au départ l'Inquisition sont aussi devenus suspects aux yeux de celle-ci et certains partirent en fumée ....
Rédigé par: Bernard1 | 27 février 2008 at 08:22
Quand Benoît Fleury sera-t-il reçu, en sa qualité de victime, par le Président des victimes, le sieur N.S ? Et si on promulguait une nouvelle loi pour lutter contre ce genre de discrimination ?
Rédigé par: Thierry SAGARDOYTHO | 27 février 2008 at 08:30
Maitre des Lieux, je me permets de vous mettre ici un courriel que j'ai adressé à ce mouvement suite à la lecture de votre article. Il ne se veut ni vindicatif ni provocant, juste interrogatif.
"Je viens d'apprendre ce qui se passe actuellement dans votre université.
Je sus moi-même en faculté de droit dans l'est de la France.
En furetant sur le net et en lisant votre site, je me demande ce que peuvent vous apprendre vos professeurs.
Ne vous enseignent-il pas le respect du droit avant toute contestation ?
Ne vous enseignent-il pas la présomption d'innocence ? Car votre mouvement n'est rien d'autre qu'un procès d'intention.
Pourquoi ne pas laisser ce professeur méritant (premier à l'agrégation ce n'est pas rien) commencer ses cours, et, si il apparaît un "danger", le signaler aux instances compétentes ?
Votre réaction serait-elle la même s'il s'agissait d'un ancien communiste violent ?
"Regarde la poutre qui est dans ton oeil avant de regarder la paille qui est dans celle de ton voisin".
D'où tirez-vous votre légitimité ? Pourquoi agir ainsi ?
Vous brandissez haut la liberté de penser, mais seulement quand elle ne vous dérange pas.
Je ne suis pas membre du GUD, je ne suis même pas "encarté".
Je suis juste un étudiant en droit que votre réaction révolte.
Je vous assure toutefois du ton non-vindicatif de ce courriel, qui, je l'espère, obtiendra des réponses.
Veuillez agréer mes salutations
Arthur L."
Merci de porter notre attention sur des affaires autrement plus graves qu'une phrase malheureuse....
Rédigé par: Rutrapio | 27 février 2008 at 08:52
Votre logique semble implacable! Le droit avant tout.... D'accord, mais la corporation des magistrats n'est-elle pas coupable elle-même de l'utilisation facile et simpliste du "trouble à l'ordre public" pour incarcérer, chaque année, des centaines d'innocents sans le moindre respect de la présomption d'innocence et sur la simple morale de la dictature de l'émotion (645 demandes de réparation pour détention injustifiée en 2005 avec une progression de 77% en 3 ans !). Vous écrivez: "Abriter le droit, la liberté d'expression sous la morale, c'est les démonétiser, violer leur essence". Cela est vrai pour tous y compris pour les représentants de la justice... Alors, balayons tous devant notre porte !
Rédigé par: Discrim | 27 février 2008 at 09:12
Parfaitement d'accord.
D'un côté une décision du Conseil constitutionnel est remise en cause, et de l'autre ça. Rien à voir, direz-vous ? Hum... Certains se sont moqués des signataires de l'appel publié dans Marianne récemment. Mais peut-on nier un début de "glissade", quelque chose qui met un peu mal à l'aise ? (Ha, comme il a été interpellé, je me demande si notre président qui s'occupe de morale, du souvenir et d'ouverture va prendre position là-dessus aussi...)
Rédigé par: Pierre Guillery | 27 février 2008 at 09:47
De manière très prosaïque, pourrions-nous paraphraser le président de la République et déclarer, à cette université qui a peur d'être salie par le contact de celui qui vient à elle « casse-toi, pauvre conne » ?
Rédigé par: Marcel Patoulatchi | 27 février 2008 at 09:53
Votre billet de ce jour m’évoque le cas d’un autre juriste, dont j’ai beaucoup entendu parler parmi les gravitationnels de la japonologie, mais que je n’ai en revanche jamais rencontré et qui est Bruno Gollnisch, diplômé de japonais, docteur en droit, dont l'épouse dont il a trois enfants est d'origine japonaise, et qui en juin 2004 a été réélu député européen FN.
Je cite entre guillemets le passage de Wikipédia qui a trait au problème pour lequel je convoque ici son cas.
« Plusieurs associations l'ont accusé d'avoir tenu des propos négationnistes, ce contre quoi il s’est inscrit en faux. À la suite de ces événements, la section disciplinaire du conseil d'administration de l'Université Lyon III exclut Bruno Gollnisch pour une durée de 5 ans. Une instruction judiciaire est lancée au sujet des propos tenus, débloquée le 13 décembre 2005 par le vote du Parlement européen sur la levée de son immunité parlementaire. Bruno Gollnisch est condamné en janvier 2007 à notamment trois mois de prison avec sursis et au versement de 55 000 euros de dommages et intérêts aux parties civiles pour « délit de contestation de l'existence de crime contre l'humanité par paroles ». Bruno Gollnisch a annoncé qu'il avait fait appel de ce jugement. »
A partir de là, je crois qu’il convient d’opérer plusieurs distinctions qui sont :
1. La nature du propos tenu en lui-même.
2. Le lieu où le propos est tenu.
3. La famille politique du locuteur.
4. Le prosélytisme.
La famille politique du locuteur est un parti politique dont l’existence est légale. Bien que je sois très éloignée des idées forces de cette famille politique, l’une des rares pétitions sur lesquelles j’ai jamais apposé ma signature avait trait à l’autorisation d’une réunion politique qu’il était question d’interdire, or je m’étais trouvé totalement par hasard à proximité des lieux. J’ai du commenter ma signature en marge en ajoutant : « Pour la liberté d’expression. »
Je pense en effet que permettre à quelqu’un de s’exprimer par les mots n’a strictement rien à voir avec le fait d’adhérer aux idées que, dans un cadre légal, il souhaite développer. D’une part cela permet de les connaître ainsi que d’y répliquer s’il y a lieu ou si on le souhaite, enfin s’exprimer par des mots est toujours préférable à s’exprimer dans la violence de la parole interdite.
En revanche, en dehors de cours à étiquette parfaitement claire et dont c'est l'objet (= cours facultatifs de religion ou cours d'instruction civique et de morale), je suis pour la laïcité dans les établissements d’enseignement public ou sous contrat avec l’Etat et j’estime qu’on n’a à y tenir ni de réunion politique en tant que réunion partisane, ni de propos prosélytes quelconques, que ces propos soient ou non de surcroît susceptibles d’une qualification pénale. A l’évidence, les propos prêtés à Bruno Gollnisch justifiaient d’une qualification pénale et il me paraît normal que la Justice lui ait demandé de s’en expliquer. Il semblerait que tenus dans l’enceinte d’un cours, pour autant que mes souvenirs personnels des infos de l’époque soient exacts, ils y ont choqué les étudiants à juste titre. Il me paraît donc que c’est à bon droit que l’université s’en soit saisie elle aussi et l'inverse eut été choquant.
S’agissant de l’appartenance politique, de même que l’appartenance religieuse, tout comme le fait de se déclarer a-politique ou encore athée, elle n’a pas à entrer en ligne de compte dès lors que l’Etat employeur a estimé à l’occasion d’un concours tenu dans les formes prescrites à peine de nullité, que le contenu développé dans les copies d’examen paraissait satisfaisant à déclarer le candidat admissible, puis à l’admettre après les épreuves orales adéquates. Dès lors et compte tenu des privilèges attachés au rang de « reçu premier » ( tout comme ceux, informels, attachés au fait d’être par ex. reçus dans la botte de polytechnique etc. etc. etc. ) je ne vois pas de quoi on s’occupe et on se plaint s’il choisit d’être affecté à tel endroit ou à tel autre.
Les premiers à devoir être révoqués en doute, s’il y avait lieu, me paraissant être les membres du Jury. Lui s’est présenté puis a été reçu ce que personne ne saurait lui reprocher.
En revanche dès lors que le contenu de ses futurs cours apparaîtrait suspect et je fais tout à fait confiance aux étudiants et à leur mentors politiques pour se montrer extrêmement vigilants et pointilleux à cet égard, ainsi qu’à l’université de Poitiers pour suivre l’exemple de LYON III s’il y a lieu, il est clair que ce serait à juste titre qu’on s’en préoccuperait. De même si un futur étudiant devait par la suite s’estimer victime de cet enseignement pour des motifs dont il lui appartiendrait de rapporter la preuve, il existe des procédures pour lui permettre de solliciter l’intervention de la Justice.
Sachant que le GUD a été interdit, s'y référer de façon incitative dans l'enceinte d'un établissement public relèverait qui plus est de plusieurs chefs d'inculpation.
J’aurais bien d’autre commentaires à faire en rapport avec les concours de recrutement de personnel enseignant, vu que je suis toujours moi-même en attente des résultats d’une enquête administrative que je ne sais pas comment relancer mais dont la lenteur me laisse présager qu’ils risquent fort de ne pas être très reluisants quant à un certain type de fonctionnement illicite en amont du concours de recrutement de professeur agrégé de langue et de culture du Japon instauré sous Jack Lang en 1985, mais bon ça n’est présentement pas le propos.
Rédigé par: Catherine JACOB | 27 février 2008 at 10:54
Aaah ! Si les pétitionnaires de l'université avaient tout autant de zèle pour empêcher les défenseurs des idéaux communistes criminels et leurs avatars (maoïsme, trotskysme, guevarisme...) d'enseigner dans les facultés françaises, ils apparaîtraient un tant soit peu crédibles...
Mais là, sincèrement, il y a de quoi rire.
Rédigé par: Tibo | 27 février 2008 at 11:08
On vous laisse un jour Cyrano, on vous retrouve le lendemain Zola !
Revigorante, nécessaire et implacable colère contre cette bêtise "dont le ventre est toujours fécond"...
J'espère que le rouge de la honte montera au front de nos édiles et de l'ineffable Gesson, médiocre président d'un médiocre conseil...
PS : je n'ai pas bien compris en quoi les imbéciles de votre jeunesse qui perturbaient les cours de MD (j'en fus témoin en première année de droit à Assas) étaient "aux antipodes politiques" de ces crétins poitevins ? C'est la même engeance qu'il y a quarante ans, les mêmes tics, les mêmes fossiles...
Rédigé par: sbriglia | 27 février 2008 at 11:12
Quand c'est la droite (extrême ou pas) qui refuse l'application de la loi ou du droit, c'est du "fascisme", quand c'est la gauche, c'est une attitude "citoyenne" (sic !).
Le pire, dans cette affaire, me paraît être la lâcheté (il n'y a pas d'autre mot) du président de l'université.
Rédigé par: Dominique | 27 février 2008 at 11:33
Du temps où je fréquentais Van Den Bosch et Garisson en histoire du droit sur les bancs d'Assas, le GUD omniprésent dans les couloirs, occupait les sous-sols (qui n'ont jamais été des parkings pour cause de voisinage rouspétant) pour y entreposer ses "armes" et s'en servir de "salle d'entraînement à la baston".
Pour tout dire, le local de l'UNEF que j'occupais parfois - avec un unique militant, un ami et un vrai coco assermenté, alors que je ne l'étais pas - parce que le téléphone était disponible et pré-payé et que ça faisait "frissonner" les filles que de venir dans ce "lieu interdit" par la bourgeoisie locale), était assailli en permanence.
Mais comme j'avais des "amis" aussi bien au GUD, au GAJ, à l'UNI et à je ne sais plus où encore, je n'ai jamais rien eu à craindre pour ma santé : toute une époque !
Qui ressort bêtement à Poitiers, alors même qu'il faut se souvenir de "Ruddy le Rouge" devenant inspecteur d'académie qui a reçu le même accueil quand il s'est s'agi qu'il soit promu à ce grade là (mérité à l'ancienneté, peut-être). Et il n'a jamais été major de l'agrég, lui...
OUI, vous avez raison, si nos Fac de Droit sont les premières à ne pas respecter la règle de droit, où va-t-on ?
Un peu comme ces ex-étudiants de Nanterre qui se mêlent de vouloir modifier la constitution à tout bout de champ et au moindre prétexte (y compris pour empêcher un pédophile dopé au viagra d'être à l'avenir libéré un peu tôt), alors qu'ils sont censés en être les gardiens ?
Tout cela est pitoyable, et je vous plains, Monsieur le Proc', d'avoir à instruire, requérir et plaider contre (ou pour) des gens qui ne connaissent décidément rien de leurs droits et devoirs (envers eux-mêmes et envers autrui) tout au long de votre journée de travail : ça doit être absolument épuisant et touche à l'apostolat !
J'espère pour vous que vous avez quelques compensations, dans ce bas monde, qui vous aident à supporter !
Bon courage.
Rédigé par: L'ignoble Infreequentable | 27 février 2008 at 12:58
PS : Je poste demain sur "My Blok perso" sur cette affaire de loi "qui ne vaut que pour l'avenir" (dixit l'article 2 du Code civil : oui il faut lire jusque là quand même, c'est-à-dire tourner les pages des commentaires sous l'article 1 !).
Sauf à vous embêter, j'aimerai bien un avis "autorisé" pour enrichir les commentaires (même envoyé par i-mél) si ce n'est pas trop prendre sur votre temps.
Merci à vous !
Rédigé par: L'ignoble Infreequentable | 27 février 2008 at 13:02
Ces tartuffes ne sont-ils pas les mêmes signataires de la pétition sur le non transfert vers l'Italie (ce pays totalitaire comme chacun sait) du lâche assassin Battisti et ceci... au nom de la législation Mitterrand !
A cette époque, un président de la République pouvait faire des lois sans être accusé de pouvoir monarchique...
Rédigé par: Jeanne | 27 février 2008 at 13:17
Là, franchement, vous poussez le bouchon loin, Philippe ! Le pedigree du quidam en dit quand même long, il ne s'agit pas de ses idées (l'extrême-droite d'inspiration Degrelle résolument antisémite, xénophobe) mais juste de ses actes : des bastons, des incendies volontaires. Pas un simple militant, non, le dernier patron du GUD, fier de ses condamnations pénales.
Il fut un temps où l'on ne pouvait pas pénétrer dans la fac d'Assas si l'on n'était pas gudard, vous le savez. On a le droit d'avoir été gudard et de se ranger ensuite, d'assouplir ses opinions, mais le gugus en question a toujours persisté.
Alors certes, les principes sont les principes, Fleury a été amnistié et a donc pu se présenter à l'agrégation, soit, mais le bonhomme ne semble pas avoir regretté au moins ses violences. Goebbels comme prof à la fac, ça se discute quand même.
Vous n'avez pas voulu évoquer le fond car la forme et les seuls principes vous guident, je comprends bien. Vous vous étonniez tout de même récemment qu'un ministre mis en examen put rester au gouvernement : aucune forme ni aucun principe ne l'empêche pourtant. A l'aune de l'un, que pensez-vous de l'autre ?
Rédigé par: Jean-Dominique Reffait | 27 février 2008 at 13:24
Je vous ai "tout de même" lu, le coeur plein d'une protestation, inutile, mais qui ne s'éteint pas.
Sur le sujet : j'étais élève de Pascal Gauchon. Peut-être lui dois-je de pouvoir continuer à lire quand "je ne veux plus rien entendre" ?
Rédigé par: pauvrecon | 27 février 2008 at 13:32
Monsieur l'Avocat général,
J'ai toujours un immense plaisir à vous lire. Merci pour la hauteur de votre point de vue. Nous autres juristes, savons que le régime répressif est infiniment plus libéral que le régime préventif. Nous ignorons quelles idées (ou quels fantasmes) politiques hantent aujourd'hui l'esprit du professeur Fleury. Pour l'Université, il est souhaitable que ce jeune agrégé se montre digne des traditions académiques (1) dont il se trouve aujourd'hui le dépositaire : universalisme des valeurs morales et de l'intelligence, humanisme de la vérité et de la raison. Responsabilité écrasante pour un major, surtout lorsque dans une vie passée, - nous le présumons, - on a appartenu à un mouvement révolutionnaire national-socialiste qui s'illustrait par son anti-intellectualisme barbare et "néopaganiste". Quoi qu'il en soit, la sagesse nous ordonne de ne pratiquer à son égard aucune excommunication universitaire a priori, mais cette démarche raisonnable ne peut satisfaire les inquisiteurs antifascistes de Poitiers, qui ne (sur)vivent qu'en tentant de réanimer régulièrement le cadavre de la Bête Immonde...
(1) Ce qu'a fait sagement un "collectif" de professeurs d'université, dans une déclaration commune dont il faut espérer qu'elle apporte un peu de paix dans un section bouleversée.
Rédigé par: Irnérius | 27 février 2008 at 13:53
Dans un souci d'honnêteté, je vous transmets ici la réponse faite à mon mail de ce matin (cf plus haut) :
"Nos professeurs nous apprennent aussi à regarder le passé pour mieux construire l'avenir. S'il s'agissait d'un ancien membre d'Action directe, notre réaction aurait je le pense été similaire quoique ces derniers n'ont jamais usé de la violence sur des personnes en fonction de leur couleur de peau, de leur appartenance sexuelle ou religieuse."
Cordialement
Salutations
Rédigé par: Rutrapio | 27 février 2008 at 13:57
Je réagis en tant que Poitevin et ancien élève de l’université et il me manque un élément d’appréciation dans cette affaire. Si M. Fleury a choisi Poitiers parce qu’il a des attaches ou des racines dans la région ou s'il est particulièrement intéressé par un sujet de recherche proposé par l’Université (effectivement Histoire des Institutions Modernes et Contemporaines, peut séduire quelqu’un qui a des sensibilités marquées à droite), qu’il soit le bienvenu et cette cabale est insupportable.
Mais l’histoire de Poitiers n’est pas anodine, s’il a choisi Poitiers à cause de Charles Martel, 732AD, pour en faire un point de ralliement pour une croisade politique, la plus grande vigilance s’impose. Cependant ce n’est pas en l’empêchant d’enseigner qu’on saura si la seconde hypothèse est la bonne, dans ce cas cette cabale est idiote parce que contre-productive.
Rédigé par: DXB_François | 27 février 2008 at 15:09
@Rutrapio
La réaction que vous avez transmise fait froid dans le dos :
il y a donc de bons assassins (Action directe) et il y en a de mauvais (tous les autres).
Assassiner quelqu'un qui n'a pas vos idées est toléré car il s'agit d'une lutte politique.
Voilà pourquoi beaucoup de penseurs français ont soutenu Mao, Castro, Staline, Kieu Sampan, Battisti, etc...
Rédigé par: Polochon | 27 février 2008 at 15:49