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Une grâce à pleurer

Rachida Dati était l'invitée de Nicolas Demorand sur France Inter.

Après sa victoire facile dans le 7ème arrondissement de Paris, elle deviendrait, dit-on, responsable de la droite à Paris à la place de Françoise de Panafieu.

Je l'ai entendue. Le citoyen Bilger doit se taire.

La ministre de la Justice a répondu comme elle pouvait à plusieurs questions. Elle devait notamment donner son point de vue sur l'éprouvante condition de Chantal Sébire, qui fait à juste titre la "Une" du Parisien.

Je l'ai entendue. Le magistrat Bilger doit faire silence.

Pourtant, quelle terrible épreuve qui nous oblige tous à chercher, au plus profond de nous-mêmes, ce que nous enseignent l'intelligence et l'humanité. On ne peut pas se contenter de la surface de soi, on n'a pas le droit de se réfugier dans les poncifs.

Je me souviens de ce reportage au journal de TF1, un soir, où on a vu apparaître soudain le visage de Chantal Sébire. Atteinte d'une maladie rarissime, un esthésioneuroblastome, cette femme, cette mère, souffre quotidiennement parce qu'une tumeur lui a rongé le nerf olfactif et déformé la figure. Ses propos étaient déchirants d'élégance et de pudeur, de tendresse pour ses enfants, qui l'entouraient et l'embrassaient sans affectation ni outrance. Ils ne cherchaient pas à faire croire à une affection et à des gestes, ceux-ci, d'une sincérité totale, n'étaient que la manifestation d'un amour filial d'autant plus intense que leur mère, quand on l'entendait parler d'elle, de son existence, de son calvaire, demeurait d'une tenue et d'une lucidité exceptionnelles. Elle murmurait doucement sa difficulté à continuer à vivre de la sorte, elle communiquait sa détresse avec d'autant plus d'intensité et de conviction que fascinés par ce visage d'une grâce à pleurer, tous les téléspectateurs, j'en suis sûr, se taisaient, admiratifs devant cette classe et pétrifiés devant une infortune physique incurable, irréversible, qui ne dissimulait rien de la belle enveloppe humaine. A la fin, lorsque la télévision nous a replongés dans les infortunes internationales, on n'a pas pu oublier Chantal Sébire. Je pressentais qu'elle viendrait à nouveau nous hanter, nous sortir du confort d'instants trop commodément passés alors qu'elle endurait le pire.

On ne peut pas s'empêcher, au risque de frôler l'indécent, de comparer la manière dont les tragédies intimes, personnelles ou familiales sont assumées par chacun. Il y a eu, à la suite de la mort de Vincent Humbert et de la campagne largement médiatisée par sa mère, l'instauration d'un climat qui mêlait au chagrin une revendication sociétale et une contestation judiciaire, quelque chose qui, à mon sens, dans le surabondant, venait jeter une ombre sur le malheur, qui gagne à être discrètement supporté. Pour la famille Sébire, il me semble que c'est sinon l'inverse, du moins une attitude qui se contente de solliciter, pour Chantal seule et au nom de sa propre dignité, sans idéologie mortifère ni groupe de pression, le droit de s'effacer d'une existence qui ne lui offre plus rien que la certitude d'une quotidienneté infiniment désespérante et sans recours.

Même la requête exceptionnelle déposée auprès du président du tribunal de grande instance de Dijon pour que son médecin soit autorisé à lui fournir une substance létale marque une conception de la vie en société que je trouve admirable. Certains pourraient se moquer de cette irruption du droit au sein de l'extrême souffrance, de cette volonté manifestée à toute force pour demeurer dans l'univers de la légalité civilisée, de ce désir de ne rien accomplir qui ne soit pas légitimé par les autorités judiciaires, par l'Etat sous l'égide duquel elles statuent. J'y vois, au contraire, un hommage rendu à ce qui fait le prix de notre monde et qui le sauvegarde dans son essence : maintenir dans des limites démocratiques les folies compréhensibles que suscite la perte absolue de l'espoir, pour qu'elles ne scandalisent personne mais permettent, qui sait, l'adhésion de tous. Perception d'autant plus fondée que Chantal Sébire a annoncé qu'elle n'interjeterait pas appel, quelle que soit la teneur de la décision rendue le 17 mars.

Quant à soutenir comme le professeur de droit qui donne son avis  dans une page du quotidien "qu'elle confère aux juges un rôle qui n'est pas le leur", c'est aller trop loin. Je ne sais évidemment pas quelle sera la décision. Mais, alors qu'on judiciarise tout à outrance,  alors qu'on demande à la justice de se prononcer dans des domaines qui devraient échapper à sa sagesse ou à son emprise, il serait paradoxal de méconnaître la validité d'une démarche qui ne se sert pas du droit pour le nier mais pour le consacrer.

Chantal Sébire a souhaité être reçue par le président Sarkozy. Celui-ci a manifesté qu'il n'est pas indifférent à son sort. S'il est une personne qui mérite d'être accueillie à l'Elysée, c'est bien elle, une tragédie avec laquelle le sentiment collectif doit se trouver en empathie, c'est bien la sienne.

Comme dans le film Elephant Man, ce visage ravagé par la maladie nous renvoie à la fraternité et à la mélancolie. On voudrait garder cette femme, cette mère dans cette vie qu'elle veut quitter.

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Voici les sites qui parlent de Une grâce à pleurer:

Commentaires

Non, Philippe.

Au risque de paraître excessive et trop abstraite, une décision d'euthanasie ne peut pas appartenir à la justice.

Cette décision ne concerne qu'un médecin et son patient.

Autoriser, via les juges, une euthanasie, c'est aussi considérer que la société délègue à la justice le soin d'encadrer juridiquement, à l’excès, la souffrance, la douleur, la maladie, la mort, la nuit... la condition humaine.

C'est également contraindre des magistrats à une décision et à une responsabilité très problématiques, selon moi, à assumer.

L'euthanasie est un acte hautement sensible et grave. La normaliser, même sous la forme juridique à laquelle vous donnez votre assentiment, c'est sans compter que des professionnels de la justice et de la médecine devront vivre avec la toute-puissance d'avoir eu à décider et à accomplir, dans une forme légale, un acte de mort sur autrui.

Je préfère l'imperfection du gris, de la marge et de l'humanité qui définissent cette relation faite de solitude et de secret du médecin à son patient, et du patient à son médecin.


"Je l'ai entendue. Le citoyen doit se taire."

Monsieur Bilger, est-ce nouveau que les citoyens doivent se taire ? Si les politiques pouvaient leur faire pratiquer ce que vous appelez une "grande lessive"... de leur cerveau, combien ferait la queue devant la laverie spécialisée ?

Le citoyen est "téléthèsé", contrairement aux politiques. Drôle de domotique. Comme chacun sait le Français est "râleur". Mais, curieusement, au moment de jeter un vote dans une urne, il devient subitement amnésique et oublie que untel a été poursuivi en justice, que tel autre a commis quelques indélicatesses, que celui-ci a traficoté ou encore que celui-là (comme cela s'est vu en Corse, il y a quelques années) a fait voter des morts... ou je ne sais quoi encore...

Pour mieux les aider à choisir, il y a maintenant les machines à voter ! Au moins, elles n'ont pas de cas de conscience !


"La ministre de la Justice a répondu comme elle pouvait à plusieurs questions."

Eh oui ! Le monde n'est pas parfait. Les ministres encore moins. S'il l'était, s'ils l'étaient, monsieur Bilger, quel serait le contenu de vos billets ? Rendez-vous compte, tout le monde pourrait prétendre aux fonctions suprêmes ! Quelle horreur ce serait pour ceux qui chauffent les places sur lesquelles ils sont vissés !...

Tout le monde "bling bling"....
C'est vrai, c'est bientôt "Pâques".

Bonnes fêtes de Pâques à tous.
Joyeuses cloches !

@Philippe
La vie de Madame Sébire lui appartient, comme sa mort. Personne ne devrait avoir le droit de la lui voler, de se l'approprier au nom de je ne sais quelle idéologie, quels bons sentiments. De décider à sa place. Je n'ai rien entendu de plus monstrueux, de plus scandaleux, de plus honteux que les propos dégoulinants de Mme Boutin qui ne devrait pas avoir sa place dans une équipe gouvernementale. Mais c'est une autre histoire.
Au-delà du cas de Chantal Sébire, dont l'appel je pense hantera longtemps beaucoup d'entre nous, il faut une nouvelle fois constater l'insuffisance de la loi Léonetti, son hypocrisie : Chantal Sébire aurait selon la loi le droit de mourir à petit feu, au bout de plusieurs journées de coma dans lequel l'aurait placée une forte dose de médicaments. Une fin indigne pour une personne dont la dignité a ému la France entière et qui demande à mourir quand elle le décidera, lucidement et entourée des siens. Sa dernière liberté ; raison de plus de la lui accorder. A elle et aussi à d'autres dont la maladie est moins spectaculaire mais la souffrance aussi indicible.

Dans un monde sans Dieu on place le magistrat à la place de Dieu. Je comprends que cela flatte les magistrats, moi j’aurais quand même un peu peur. Et il faudrait modifier les critères d’entrée à l’ENM.

Désolée de ne pas être d'accord avec vous !
Quand Madame Sébire dit que son "agonie est indigne", cela me choque profondément. Tout comme ce prétendu "droit de mourir dans la dignité". Alors il y aurait donc deux catégories de personnes ? Ceux qui meurent dans la "dignité" et toute la grande masse qui serait morte dans l'indignité ! Pas d'accord du tout. Les morts de ma famille, ni tous les millions, milliards de morts depuis des millénaires ne sont pas morts dans l'indignité. C'est insupportable.
L'agonie de Madame Sébire est d'une grande cruauté mais en aucun cas elle n'est indigne.
Pour ce qui est du fond, je pense qu'une société civilisée n'a pas à donner la mort. Question de principe. D'autant plus que la nature humaine a vite tendance à accepter de donner la mort : on le voit bien dans les sondages sur la peine capitale.
Cela n'exclut évidemment pas l'indulgence dans les cas extrêmes d'un côté, ni la compassion pour Madame Sébire par ailleurs.

Ce que je vais apporter ici, après la lecture de ce très juste et beau billet, est peut-être choquant.
J'ai eu, avec ma soeur et mon père, à demander que l'on débranche ma mère après quinze jours de coma. Nous l'avons fait par lettre, en prenant sur nous, et sans validité juridique hélas, sur la responsabilité.

Ce n'est pas une décision difficile.
La mort devient votre amie lorsqu'elle se porte au secours de la douleur ou de l'indignité.
Mon premier sentiment en apprenant le décès de ma mère a été le soulagement. Soulagement pour elle. La peine que j'ai éprouvée, je l'ai découverte égoïste, je m'en suis presque voulu, je pleurais sur mon sort de vieil orphelin.
Depuis ce jour, j'ai compris que la mort n'était pas seulement une fatalité, elle peut aussi être un réconfort, une gentille délivrance, un dernier cadeau de la vie.

En demandant que la justice autorise un médecin à lui fournir un produit létal, Madame Sébire ne pense pas à elle mais aux accusations dont pourraient souffrir ceux qui l'aideraient. Ultime élégance d'une femme civilisée.

Nous pouvons tous reconnaître en Madame Sébire notre propre mère, une femme active et discrète qui a semé de la vie, de la joie, de l'intelligence autour d'elle. De celles dont on ne se sépare qu'avec infiniment de douleur mais qu'on souhaite délivrer par reconnaissance.

La grâce, oui Philippe, la grâce.
C'est ce qu'elle demande.

Ach Florence ! Si Madame Sébire estime que son agonie est indigne, ce n'est pas à vous ni à personne d'en juger autrement. Prenez donc sa maladie et la dignité dont vous l'enveloppez.
Madame Sébire ne demande pas à la société civilisée de lui donner la mort, elle s'en chargera elle-même. Elle ne demande qu'un produit qui soit plus doux pour le faire que la noyade, le passage sous un train ou la défenestration.
Ah, la rigidité des principes !

@Florence
Ah bon ce n'est pas indigne quand on a été toute sa vie debout, de devenir un légume pendant des jours parce que la société l'a décidé, d'être privé de son libre arbitre. Je ne peux pas croire que c'est une fin de vie comme ça que vous souhaiteriez pour vous et ceux que vous aimez. Cela dit, vous avez le droit de choisir pour vous une longue agonie dans la souffrance si vous pensez encore que la souffrance est digne et rédemptrice, personne ne vous imposera une fin rapide, décidée, et surtout pas moi, mais laissez aux autres le choix de leur mort. Vos convictions religieuses vous appartiennent. A vous seule.

Votre post m'a rendu perplexe.
Le "droit" à arrêter le cours de sa propre existence est du domaine de l'intime et personne n'a le droit ni le pouvoir d'en juger, à mon sens.
Madame Sébire veut protéger le médecin qui lui procurerait le produit létal adéquat et cela montre un grand sens de sa responsabilité.
Pour autant elle a demandé (je l'ai entendue) un référendum des Français au sujet de l'euthanasie. Cela ne me paraît pas souhaitable .
Je ne vois pas non plus le rôle que le président du tribunal de grande instance de Dijon pourrait jouer dans une décision qui appartient à Madame Sébire seule puisqu'elle est en possession de ses moyens intellectuels.
Nous devons respecter sa douleur, compatir, essayer de l'aider mais non légiférer.
Et si elle met fin à ses jours je ne pourrai qu'être très triste d'une telle fin tout en la comprenant.

En tant que procureur, vous êtes tenu au devoir de réserve. En tant qu'écrivain, je ne le suis pas. Bien au contraire, je suis même tenu au devoir de parole (je ne souhaite pas cependant m‘exprimer sur tout et n‘importe quoi). Je répète donc ce que j'ai écrit sur mon blog hier : Madame Rachida Dati fait preuve pour l'occasion d'une très grande rigidité. Il y a des moments où il faut savoir échapper à cette pétrification, à cette pose solennelle, à cette hauteur glaçante, même, et peut-être surtout, quand on est garde des Sceaux. Messieurs Leonetti et Fillon se sont montrés plus humains dans leur approche, même si j’ai trouvé grotesque la suggestion faite par le Premier ministre de placer cette femme dans le coma.
Une fois n’est pas coutume, je me sens beaucoup plus proche sur ce point du commentaire de Jean-Dominique Reffait que de celui de Véronique, dont j’apprécie par ailleurs la finesse. Je comprends ses réserves et ses scrupules, mais la loi interfère déjà entre le médecin et le malade, puisqu’elle condamne (théoriquement) aux assises ceux qui, faisant preuve d’humanité, permettent à leurs patients d’être soulagés de leur indicible souffrance. Et nous avons tous à l’esprit le drame vécu par la famille Humbert. Je ne me perdrai pas en généralité du genre : donner la mort est un acte d’amour. Il peut l’être autant que celui de prolonger la vie : tout dépend du contexte, de la relation affective, de la situation médicale et de bien d’autres facteurs. Alors cela doit-il interdire de légiférer, c’est-à-dire de compléter la Loi Leonetti afin de prendre en compte des cas comme celui de Madame Chantal Sébire ? Je ne le pense pas. Les membres du gouvernement ont été moins regardants quand il s’agissait du droit des étrangers et de la rétention de sûreté. Et là aussi, il existe des cas extrêmes, des cas particuliers qu’il faut traiter dans leur individualité, c’est-à-dire avec humanité.

Toutes les personnes qui souffrent sont dignes. Ma tante est morte d'un cancer cet hiver et je l'ai vue encore quelques minutes avant sa mort. Elle souffrait et c'était presque insupportable de la voir souffrir comme cela et pourtant elle était digne. Je ne pense absolument pas que la souffrance ait un quelconque rapport avec la rédemption et du reste je n'ai jamais dit cela. Inutile donc de me faire des procès d'intention ! J'ai atrocement peur de la douleur, de la souffrance, comme nous tous. Ce que je dis c'est que je ne comprends pas ce que vient faire la dignité humaine là-dedans. Une personne qui souffre est aussi digne qu'une personne qui ne souffre pas. Et si Catherine vous voulez choisir votre mort, faites-le et assumez-le. Ne demandez pas à la société d'en prendre la responsabilité.

Vous me pardonnerez l'expression si peu juridique - la loi condamne aux assises - que j'ai employée pour faire vite.

Votre silence est assourdissant et votre long discours un léger soupir. Du grand art ! Nonobstant, à l’écoute des archives de l’émission sur http://www.radiofrance.fr/play_aod.php?BR=10815&BD=13032008 je constate que Mme Dati dit en substance que le médecin n’a pas pour vocation d’administrer des substances létales. Je suis désolée mais cette fois-ci je suis entièrement d’accord avec elle. Ceci étant s’il est manifeste qu’elle n’a pas le talent de dire les choses en tenant compte de la douleur qu’elles vont causer, son discours a au moins le mérite d’être clair.
Il implique également une autre prise en charge de la douleur indicible que le renoncement à la vie. Il existe de grands spécialistes de ce sujet dans chaque paroisse.

En ce qui concerne la mairie du VIIème elle mentionne qu’il lui a manqué 90 voix sans autre précision, mais de fait ça donne 49,50 % de majorité présidentielle. Sur http://www.etoile-blog.com/b.php?t=Paris-7eme-elections-municipales-Site-des-elections-municipa&b=http://www.paris7.org on trouve ceci: «Madame Dati - qui, pour sa part, a voté dans le XVIIème où Mme de Panafieu a fait 44.03% - remercie ses électeurs et mentionne son score sans précédent, le meilleur de Paris (la droite a perdu deux sièges dans le 16ème). Elle précise que les scores sont remis à zéro et qu’il faut donc mobiliser son électorat. En effet l’abstention a été supérieure à la moyenne nationale.»
Si on lit bien, les difficultés rencontrées par Mme de Panafieu ne sont peut-être pas uniquement dues à sa seule campagne, ni le score du VIIème au seul talent de Mme DATI..
Résultats complets détaillés sur Paris: http://www.linternaute.com/ville/ville/elections-municipales/26142/paris.shtml ou sur http://www.leparisdunet.fr/ et ailleurs encore.
Maintenant, si on aime les précisions, en nombre d’électeurs Mme de Panafieu a obtenu 44.03% de 50.829 suffrages exprimés soient vingt-deux mille trois cent quatre-vingt voix avec un taux de participation de 55,81 % , contre 49.50% de 18.354 suffrages exprimés pour Mme Dati soient neuf mille quatre vingt-cinq voix avec un taux de participation de 58,18%. S’agissant d’enterrer Mme de Panafieu, Paris ne se résume pas à neuf mille quatre vingt-cinq suffrages même si on y ajoute généreusement quatre-vingt dix voix, ce qui ne représenterait pas même encore la population d’une ville comme Annecy en 1860.
Or, comme pourrait le dire un bon alsacien a un bon pyrénéen : «Les brochets ne sont pas des truites...»

"Certains pourraient se moquer de cette irruption du droit au sein de l'extrême souffrance, de cette volonté manifestée à toute force pour demeurer dans l'univers de la légalité civilisée, de ce désir de ne rien accomplir qui ne soit pas légitimé par les autorités judiciaires, par l'Etat sous l'égide duquel elles statuent."
Et bien c'est justement cela que je n'arrive pas à comprendre. La vie doit échapper au Droit, un point c'est tout. Que des lois bioéthiques, fût-ce dans un souci de protection, se mettent à définir à quel stade de la grossesse il est légitime de considérer un foetus comme un être humain me fait frémir. Qu'on aille solliciter l'avis d'un juge pour se décider à mourir me stupéfie. Le prof de droit que vous citez a mille fois raison. Sylvestre aussi quand il dit que "Dans un monde sans Dieu on place le magistrat à la place de Dieu". Comment en effet applaudir ce tout légal morbide, cette abdication de la conscience ? A quand un "code de la vie et de la mort" ? La liberté fondamentale de l'homme, et sa dignité, est d'exercer par lui-même sa conscience morale. Renoncer à cette faculté souveraine et la déléguer à un parterre d'élus ou à un juge équivaut à un suicide moral. "Les hommes ont inventé l'Etat pour ne pas obéir à d'autres hommes", disait le grand constitutionnaliste Burdeau. En le paraphrasant, on pourrait écrire que les hommes d'aujourd'hui se servent de l'Etat pour éviter d'avoir à interroger leur conscience. Liberté, liberté chérie ! On ne lira jamais assez "La France contre les robots" de Bernanos.

@ Laurent

Nous savons tous, Laurent, que des médecins pratiquent des euthanasies. L'autoriser par la loi revient à reconnaître un pouvoir à donner la mort légalement. De surcroît c'est ne pas prendre en compte et ne pas anticiper, chez ceux qui seraient en possession de ce pouvoir, les dégâts intimes ultérieurs qu'une pratique autorisée peut créer.

Je redis. Des espaces de l'existence humaine appartiennent à la solitude, à l'entre-deux et à la marge.

D'autre part, nous savons tous qu'aujourd'hui, la formation des magistrats et des médecins est d'abord faite de technicité. Que les arrière-plans ou les enseignements de culture humaniste et d'éthique passent au second plan.

Il me semble très difficile d'imaginer ainsi de déléguer juridiquement cette question à des magistrats et de la banaliser comme un acte médical ordinaire.

Jamais, selon moi, un acte de cette nature et de cette importance ne doit risquer le moindre automatisme ou la moindre banalisation dans la décision.

Le cas Dati ne m'intéresse pas, il est dérisoire.

Le cas posé par le comportement de madame Sébire au contraire lui me travaille l'esprit au plus profond de mon être.
Par delà l'instrumentalisation que l'on sent poindre dans cette affaire je m'interroge.

Cette dame est valide. Que n'avale-t-elle point une dose massive de médicaments anti-douleur dont l'abus est fatal. Médicaments qu'on doit j'en suis sûr lui prescrire par ordonnance régulièrement.

Pourquoi demander à d'autres d'endosser la responsabilité de ce geste terrifiant qui est celui de se donner la mort, à froid, calmement.

Si cette dame était invalide, dans l'incapacité de passer à l'acte par elle-même alors oui il faudrait peut-être que nos députés se penchent sur la question.
Mais obliger un juge à prononcer la mort d'un individu coupable de rien alors même que la peine de mort a été abolie pour les assassins ou obliger un médecin à donner la mort sciemment alors qu'il a fait le serment de protéger la vie je trouve cela tout aussi inhumain. C'est une responsabilité morale énorme.
Que je sache un médecin n'est pas obligé de pratiquer un IVG alors même que le fœtus n'est pas considéré, il me semble, comme une être humain à part entière.

Votre allusion à NS est intéressante : à mon sens, Mme Sébire ne sera pas reçue à l'Elysée contrairement à la tradition instauré par le Président des Victimes. En effet, et contrairement aux familles dans le deuil qu'il a l'habitude de recevoir et auxquelles il promet à peu près tout et n'importe quoi, parce que promettre des lois ou des commissions de réforme n'engage finalement pas à grand-chose, Mme Sébire est probablement la seule à qui il ne peut pas promettre et raconter ses foutaises habituelles : cette admirable dame est confrontée à un drame réel et ce qui est demandé au Président, ce n'est pas de promettre mais d'agir, pour aussi difficile que ce choix puisse être. Pour une fois, M. Sarkozy, s'il promettait, s'engagerait. Or, habitué à promettre aux frais des autres, NS est, cette fois, dans une posture inhabituelle et c'est sans doute pour cela qu'elle ne sera pas reçue. Quant à Mme Dati, qui pousse le luxe de la bêtise cette semaine à dire que la préoccupation du GDS est de veiller sur les victimes, PRD du MONDE l'a très justement baptisée "Notre Dame des Victimes" pour mieux souligner combien ses prises de position sont grotesques. Un GDS se doit de veiller à l'indépendance de ses Juges, certainement pas de prononcer des fadaises pareilles !

Sylvestre
«Dans un monde sans Dieu on place le magistrat à la place de Dieu. Je comprends que cela flatte les magistrats, moi j’aurais quand même un peu peur. Et il faudrait modifier les critères d’entrée à l’ENM. »

Et sans doute faire présider le jury par Azraël ?

@surcouf
Juste une précision : sur ce blog il y a 3 Catherine (avouées), Ktrin, Catherine Jacob et Catherine A. Trois Catherine qui vous sont également chères je n'en doute pas un instant, raison de plus pour ne pas les fâcher en prenant l'une pour l'autre...
:-)
Et puisque je vous tiens - façon d'écrire - vous savez, vous, quels produits il faut avaler - et à quelle dose - pour s'endormir définitivement ? Moi pas et Mme Sébire sans doute non plus. Cela dit je ne pense pas que la décision doive revenir à un magistrat, je pense que la société sans hypocrisie doit apporter une réponse. Vous savez, quand j'étais toute jeune journaliste j'avais fait une longue interview de Simone Veil et elle m'avait dit - propos que j'avais rapportés - que ses petits camarades farouchement opposés à l'avortement trouvaient toujours de bonnes raisons pour le justifier quand il s'agissait de leur fille ou de leur petite amie. C'est pourquoi je pense que c'est à une loi de donner à chacun le droit de mourir dans la dignité et donc de ne pas poursuivre ceux qui l'aideraient.
Comme JDR j'ai demandé que l'on abrège les souffrances de quelqu'un de très proche et je pense, même si je n'en ai jamais eu la certitude, avoir été entendue. Je n'en ai eu aucun remords. Juste une immense peine.

Je suis tout à fait de l'avis de Surcouf.
Une personne valide et qui a toute sa tête, n'a pas besoin d'un juge pour se donner la mort !

Mais, pour être macabre jusqu'au bout, n'y a t-il pas, là derrière, une affaire un peu plus délicate qui pourrait être par exemple une assurance vie qui ne serait plus valable si la personne qui l'a souscrite se donne la mort !!

@Marie
Mais oui bien sûr vous avez raison et cette personne ameuterait la France entière... J'aurais presque aimé penser que vous plaisantiez quand vous avez écrit votre post ; ce n'eut pas été d'un goût parfait mais tellement mieux que l'hypothèse que vous émettez. Ce n'est pas macabre c'est obscène.

Le cas Chantal Sébire est trop difficile pour autoriser un quelconque avis péremptoire.
Contrairement à ce que semble prétendre l'Avocat général Bilger, il n'est pas certain que le Juge soit la personne la plus indiquée pour donner des directives sur l'euthanasie.
On peut seulement dire que la loi oblige le Juge à, sous réserve du respect des principes de droit consacrés, se déclarer compétent chaque fois qu'une question est proposée à son appréciation.
Ce n'est donc pas parce qu'il posséderait des lumières que le Juge devrait se prononcer sur le cas Sébire : en vérité, le Droit lui demande d'intervenir quand cela est nécessaire.
Seule donc la conscience du droit peut nous amener à accepter le principe d'une intervention judiciaire par rapport au cas ici considéré.
Sinon rien n'institue le Juge, trop humain, pour décider ou non qu'un malade peut être euthanasié.
Je ne pense pas que le médecin, nonobstant sa science du corps, soit davantage autorisé à prendre une décision aussi grave qu'un arrêt voulu de la vie.
La décision de ne plus vivre appartient seule à la personne qui désire s'en aller. Mais le devoir de ses proches et de la société est de s'interdire de la pousser à mettre fin à sa vie.
Je ne comprends pas la critique de l'Avocat général Bilger à l'égard de ceux qui dénient à la Justice toute légitimité pour se prononcer sur le cas Sébire.
L'intimité n'est pas au nombre des questions susceptibles d'être traitées de l'extérieur.
Ce n'est pas pas parce que la loi interdit le déni de justice que le Juge devrait être absolument saisi d'une question d'euthanasie.
Il est trop facile d'invoquer le besoin de justice, prétendument exprimé puissamment par les Français à l'heure actuelle, pour soutenir ici le principe d'un règlement judicaire.
Je souhaite simplement que le cas Chantal Sébire amène les personnes de bonne volonté à reprendre la réflexion sur la question de l'euthanasie à partir du point où elles l'avaient laissée, postérieurement à l'affaire portée par le cas Humbert.
S'il est permis de faire une petite annotation de caractère politique en relation avec le cas Sébire, on remarquera que Nicolas Sarkozy a, une fois de plus, affiché une incohérence de position : non seulement l'apparent défenseur du catholicisme français a manqué incroyablement de relayer la doctrine de l'Eglise dont il a récemment dit tous les mérites devant Benoît XVI, mais encore le Président de la République semble avoir adopté une position moins conforme à la loi française que celle de la ministre de la Justice.
Comment expliquer cet écart de Nicolas Sarkozy ?
Est-ce parce que pour lui, dans le premier cas, le magistère ne traduirait pas parfaitement l'évangile ou que, dans le second cas, la volonté du Parlement serait toujours celle d'un temps ?

@ Catherine A.

Vous qui êtes journaliste vous devez savoir ce que les gens osent parfois. Il y en a qui n'ont vraiment pas froid aux yeux. Espérant toujours tomber sur un juge qui ne sera pas trop regardant. Pressé, peut-être ?

Voyez l'affaire Humbert. Il y a eu beaucoup de bruits. Egalement.
Des tiers eurent leurs responsabilités engagées. Ils passèrent même en justice. Ce qui n'est pas rien.
Pour entendre maintenant de la bouche d'un kiné que ce jeune ne désirait pas mourir !
Alors, qui croire ???
J’ai ma petite idée, là encore.


Toucher à la vie est dangereux. Attention aux risques de dérapage.

Les juges sont surchargés de dossiers. Ils vont finir par devenir des robots.

Bonjour,

Je n'ai pas l'impression que cette dame demande l'autorisation de mourir mais bien au contraire l'autorisation de vivre.
J'aurais peut-être dit le contraire si je ne l'avais pas vue à la télé. Ce qui la fait le plus souffrir c'est le regard des autres, toujours détourné. Elle devine leur pensée, elle la répète sans vraiment y adhérer. Elle s'excuse d'être là.
Alors voilà je lui dis : vous savez vous n'êtes pas si monstrueuse. On peut vous regarder. Je vous trouve même très attachante (même Philippe Bilger le dit). Peut-être qu'un jour il vous arrivera quelque chose qui vous fera dire "heureusement que j'étais là !". Essayez de deviner quoi.
Maintenant que l'on vous connaît on a envie que vous restiez. Ne vous croyez pas obligée d'obéir aux désirs des autres.
Même le cas Humbert ne m'avait pas convaincue.
Cela étant merci à tous pour le niveau des débats et je suis tout à fait d'accord, on ne peut pas demander aux autres de vous donner la mort. Il y a un livre qui s'intitule "Suicide mode d'emploi" qui a été interdit je ne sais pour quelle raison.

Duval Uzan

@Marie
Vous êtes plus pessimiste que moi sur le genre humain... Bien sûr que toucher à la vie est dangereux mais je crois que si nous n'avons pas choisi de naître nous avons au moins le droit de choisir notre mort ; quand c'est possible. Je ne voudrais pas que comme autrefois pour l'avortement, il y aient d'un côté ceux qui peuvent accéder à ce choix et les autres. C'est pour ça que je pense qu'une loi bien faite serait la solution et non pas une loi bricolée, une fois encore sous l'effet de l'actualité et qui a montré tout de suite ses limites.
Allez beau week-end à tous, bonne séance de cinéma , belles balades sous le soleil ou sous la pluie, belles lectures. Au passage j'ai lu hier avec beaucoup de plaisir un petit bouquin (je veux dire pas épais) de Habiba Mahany "Kiffer sa race", la chronique d'ados dans une tour d'Argenteuil (bon d'accord ça manque un peu de piscine et de villas... je plaisante Marie !)

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