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Un faux bilan ?

La Ligue des droits de l'Homme (LDH) vient de publier son rapport sur "L'état des droits de l'Homme en France", sous le titre "Une démocratie asphyxiée". On ne sera pas étonné de constater que, pour cette organisation, le bilan est accablant.

Qu'on en juge à partir, notamment, de l'excellente synthèse qu'en a donnée le site de 20 minutes. Pour répliquer à cette charge qui, honnête, n'appellerait aucune réserve, je soutiens que si rien n'est faux, tout est tronqué, partiel et partial dans cette dénonciation. C'est comme si on s'était contenté de décrier la nuit en omettant l'existence du jour.

Il y aurait, selon la LDH, "surtout une rupture avec les droits de l'Homme" et aucune institution, notamment pas le pouvoir judiciaire, n'aurait résisté "au présidentialisme de Nicolas Sarkozy". Je ne crois pas qu'on puisse décréter aussi péremptoirement un recul de l'Etat de droit sauf à avoir de celui-ci une conception figée qui le contraindrait à ne jamais s'adapter aux évolutions sociales et aux transgressions modernes. Quant au pouvoir judiciaire, il ne semble pas qu'il ait été affecté dans son essence et ses pratiques par la première année présidentielle. Certes, Nicolas Sarkozy, pour célébrer Rachida Dati par contraste, a traité les magistrats de la Cour de cassation de "petits pois" et des critiques ont été formulées sur le comportement ministériel du garde des Sceaux, aussi bien à la Chancellerie que dans sa vie mondaine illustrée par certains médias. Il serait abusif de relier ces humeurs intimes, ces traits personnels à l'élaboration d'une politique, à la condition de la magistrature et à la qualité de la justice. Les premiers n'ont pas affecté les secondes. Aussi, la "résistance" du pouvoir judiciaire est demeurée ce qu'elle a toujours été en face de l'autorité politique : fortement corporatiste, très négative, jamais enthousiaste devant les réformes proposées mais totalement libre dans ses expressions professionnelles et syndicales.

Ensuite, à cause de la multiplication des fichiers sur les personnes et de leur croisement, il y aurait un risque pour les libertés publiques et un menaçant quadrillage de la société. D'une part, quelle avancée technique, nécessaire à la sauvegarde de la démocratie, ne constitue pas par elle-même un possible danger mais faudrait-il s'arrêter là et baisser la garde ? D'autre part - et en conséquence directe de l'observation précédente -, le propre d'un Etat républicain est précisément de ne jamais refuser ce qui va permettre de mieux assurer la tranquillité et la sûreté publiques mais de veiller à un contrôle vigilant et permanent des modalités qui seront mises en oeuvre. Le risque qu'invoque la LDH ne doit pas être pris à la légère mais il n'est pas de nature à dissuader une société de se défendre. On sait qu'en amont l'élaboration des fichiers est soumise à des vérifications scrupuleuses au regard, notamment, des préoccupations légitimes de la LDH. En aval, pour peu que l'utilisation des moyens ne soit pas laissée sans surveillance, la fin sera mieux servie, et sa légitimité jamais contestée. Le contraire, qui ressortirait d'un humanisme frileux qu'un principe de précaution éthique ne cesserait pas de nourrir, laisserait la communauté des citoyens, et l'Etat qui en a la charge, dans une situation d'impuissance, certes respectable mais désastreuse.

Par ailleurs, la LDH s'alarme d'un pouvoir qui "prétend définir l'identité nationale(...)sélectionner les immigrés(...)et traquer les sans-papiers jusqu'à déclencher les pires drames humains". Je ne perçois rien de scandaleux, si on veut bien décaper le débat de la polémique qui le gâte, dans l'exigence d'une identité nationale soumise à certaines règles, dans le désir d'un Etat non pas de "sélectionner" comme des choses mais de choisir et de privilégier telle immigration plutôt que telle autre, sauf à ce que le pays, les bras ouverts, accueille tout le monde en dépit du réalisme. Je déplore l'usage du verbe "traquer" pour dénigrer une politique qui a le droit d'imposer des conditions pour le séjour national et de les faire respecter. Les "drames humains" ne résultent pas de la malignité et du sadisme de l'Etat mais de l'inévitable détresse grosse de tragédies de ces étrangers qui violent nos lois et se voient approuvés par une minorité de nos concitoyens, artistes et donneurs de leçons. C'est la démagogie absurde et facile du "il n'y a qu'à". Les sans-papiers ne sont pas "traqués" mais interpellés, éventuellement poursuivis et condamnés. Et c'est normal.

Enfin, le Président de la LDH, Jean-Pierre Dubois, que j'ai connu mais dont la vie m'a séparé - pour lui, une idée n'était acceptable que si elle était conforme au code de "l'humanisme unique" - a résumé le point de vue de son organisation en relevant "qu'il n'y a quasiment pas de sujets sur lesquels nous puissions dire que nous sommes plus heureux qu'il y a un an".

La question du bonheur en politique est une vraie question. Aujourd'hui, être revenu de ses illusions, qu'elles aient été plausibles ou absurdes, ne donne pas une gaîté civique éclatante. La politique déçoit d'autant plus qu'on l'avait cru de retour et l'ancien nous irrite d'autant plus vivement qu'on avait cru au nouveau. Mais, plus spécifiquement, sur le plan des droits de l'Homme et de la politique pénale, le bonheur est un sentiment impossible. Aussi nécessaires qu'aient été les mesures prises - peines planchers, réforme de la carte judiciaire, un droit des mineurs rénové, une politique cohérente pour les étrangers -, aucune ne peut susciter le bonheur. Souhaitables, elles n'aident pas à faire de notre société un paradis, elles lui évitent seulement de devenir un enfer. Et c'est déjà beaucoup.

La LDH, parce qu'elle est une organisation respectable dont le sigle même invite à la congratulation, laisse apparaître sans cesse dans ses constats et dans ce dernier rapport une orientation politique qui est clairement et exclusivement de gauche. Elle n'examine pas, sur le plan des libertés, le pouvoir de droite comme il est mais comme elle le désire. Elle n'hésite pas, sûre qu'elle est de l'approbation dont on la gratifiera dans les cercles éclairés, à remplacer la complexité par le slogan et l'analyse par le réquisitoire. Pour convaincre plus aisément, et sans se gêner, elle exploite seulement une partie du réel qui serait sinon détruite du moins amendée par l'autre. Elle nous propose, par idéologie, une hémiplégie intellectuelle, une sélection éthique. Agissant de la sorte, elle ne fait pas seulement douter d'elle-même mais conduit beaucoup qui refusent ses diktats sommaires à s'opposer vertement à elle au lieu de tirer un meilleur parti de certaines de ses contributions. Excessive, on la fuit. Mesurée, elle pourrait convaincre.

En réalité, l'affrontement met en concurrence deux conceptions de l'Etat de droit. La première le voit fixiste, théorique, inaltérable, bloc de principes et de valeurs au sein de l'écoulement du temps et du bruit et de la fureur du siècle. De sorte que sans cesse dépassé par les transgressions, il ne bénéficie qu'aux transgresseurs. La seconde le perçoit comme une construction constante, inventive, sans cesse légitimée puisqu'elle émane d'une incontestable République. Refusant d'être faible devant les transgressions, il ne sert pas qu'aux transgresseurs. La première croit que l'Etat de droit démontre, une fois pour toutes, la démocratie. Pour la seconde à laquelle j'adhère, la démocratie, chaque jour, le crée.

Aujourd'hui, elle n'est pas asphyxiée.

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Voici les sites qui parlent de Un faux bilan ?:

Commentaires

Concernant les étrangers sans papiers
1) peut-on arrêter de mélanger régularisation et naturalisation, comme l'a fait probablement volontairement notre président ?
2) Peut-on aussi arrêter d'assimiler sans-papiers et délinquance ?

Sur ces deux points, je trouve votre article ambigu.

Pour finir sur les sans-papiers, le fait de se donner un objectif chiffré de reconduites à la frontières, s'il rassure certains électeurs, me paraît de nature à provoquer des dérapages.

verel, vous demandez : "Peut-on aussi arrêter d'assimiler sans-papiers et délinquance ?"
La réponse est simple, c'est non. Pour la simple et bonne raison que ne pas posséder de "papiers", ne pas être identifiable par l'Etat est un délit. Et délinquance vient du mot délit.
Vous prenez vos désirs pour des réalités en voulant donner un sens différent à des mots clairs et simples.

Voyez-vous, cher Philippe, là où votre propos comporte des faiblesses c'est en ce que vous, comme la LDH d'ailleurs, ne dites pas ce que vous entendez par droits ou plutôt le Droit. Pour la simple raison que pour vous le droit ne peut être que ce qui fait le bien ou, en tout cas, qui oeuvre à terme pour le bien et cette omission n'est que de par une telle et non moins terrible habitude que vous n'en jugez plus nécessaire aucune précision. Vous n'êtes pas le seul à sombrer ainsi dans cet oubli dialectique. C'est tellement évident que le droit n'est de par son essence même que le synonyme du bien. Or le droit fut nazi aussi qui a démontré la démocratie portant Hitler au pouvoir et la démocratie alors induite de ce droit l'a créé chaque jour plus loin dans l'horreur. Je regardais ce soir sur Arte "Le grand Charles", téléfilm remarquable et je ne pouvais m'empêcher de songer à ces facettes du droit et de la démocratie et inversement qui tantôt sont lumineuses et tantôt infâmes. Quand de Gaulle dont l'arrivée "légitime" au pouvoir suprême en 58 peut prêter à discussion invoque la démocratie et le droit qu'il a rétablis, est-ce ensuite ce même droit et cette même démocratie qui a priori comme a posteriori le justifieraient qui lui font désarmer sur place les Harkis et les laisser démunis se faire alors massacrer par milliers et dans les pires conditions d'horreur et de non-droit ? Ce de Gaulle-là discrédite absolument le précédent, tous les précédents et L'Appel du 18 juin 40 lui-même sombre bel et bien dans la souille de ce décret légal - donc de droit et de démocratie - d'abandon, de trahison, d'indignité et, pour tout dire, de crime contre l'Humanité car alors on les livrait à la mort pour leurs engagements et leurs opinions politiques. On peut dire la même chose de Pétain qui vit celui-ci traîner dans la fange celui-là et cela toujours au nom du droit et de la démocratie ou l'inverse. En fait, si on n'en dit pas plus, si on n'explicite pas, tout est droit qui non seulement n'est pas forcément induit par une quelconque démocratie et inversement et qui n'est pas tout aussi forcément et le mieux et le digne et le bien. On honore souvent les pires des assassins parce qu'ils auraient, paraît-il, oeuvré à l'avènement du droit et la démocratie. Faut-il donc en passer par là ? J'écris spontanément ceci. Cependant une chose ne cesse de me dire que les droits de l'homme, tels qu'on les invoque facilement, finissent - ou commencent - par mettre longtemps en péril l'homme.

Salutations.

Aïssa.

Pour ne pas fâcher le patronat, le Président de la République s'est volontairement embrouillé dans les termes de naturalisation et de régularisation. Ainsi, il pouvait ménager tous ces employeurs qui font mine de s'étonner face caméra du statut de leurs salariés étrangers sans papiers. Car, au quotidien, il est plus facile pour un restaurateur d'imposer des cadences infernales à un homme sans papier qui acceptera les heures supplémentaires et les abus sans se plaindre. L'individu sans papier sur le marché du travail ( BTP, restauration, services à la personne ) coûte moins cher qu'un employé régularisé et ne rechigne pas à la besogne. Des papiers en règle s'accompagnent du Code du travail. Les récentes grèves de cuistots hommes à tout faire dans les beaux restaurants sont au final juste retour, mais les employeurs ont raison de se plaindre de cette soudaine mise en lumière de cette réalité : la régularisation de leurs salariés signifie un manque à gagner certain, et des exigences nouvelles (pauses réglementaires, heures supplémentaires payées, égalité, respect et pourboires partagés équitablement).

La Ligue des Droits de l'Homme a perdu, depuis longtemps, toute crédibilité, si bien que ce "rapport" laissera la plupart de citoyens stoïques. Sa partialité idéologique est telle qu'elle exploite le concept même des Droits de l'Homme pour servir sa posture.
Cela traduit, pourtant, un état d'esprit de la démocratie française car, bien loin d'être isolée, l'antienne consistant à dénoncer l'actuel pouvoir comme un pouvoir "liberticide", "brutal", est couvée par de nombreux syndicats, mouvements ou réseaux.
Certains syndicats de magistrats s'y adonnent. Des syndicats de journalistes également. Peut-être parce qu'au fond, leur nature est de ne pas accepter la nature du pouvoir quand il est d'une obédience qui ne convient pas.
Passons sur la déplorable tentative d'un député UMP s'agissant de dénoncer le fait qu'un de ses communiqués n'ait pas été diffusé par l'AFP. Ce n'est pas le premier ni le dernier des hommes politiques à s'illustrer par ce type de pression, aussi malvenue que ridicule et insignifiante.
Par contre, le président de la République a le droit d'estimer que la presse, en général, ne lui a pas été très favorable, ou plus exactement n'a pas été très équilibrée à son endroit.
On a prétendu, un temps, qu'il y avait une chasse au Sarkozy. Difficile à dire car c'est une affaire de sentiment.
Par contre, en octobre 2007, je me souviens d'un titre régional - le Midi Libre - profitant d'un aveu du directeur du Figaro Yves Thréard devant des étudiants, lequel disait "Je crois que le président n'aime pas les journalistes".
Ce propos, ainsi que la séquence vidéo, était placé en Une de l'édition numérique du quotidien, avec un forum destiné à recueillir le sentiment des internautes. A de rares exceptions près, ceux-ci marquaient leur indignation à l'égard du président de la République. Ce choix éditorial m'a surpris quelque peu car il procédait d'une intention démonstrative qui ne prenait même pas la peine de se maquiller. Les journalistes ont résisté à la tentation, pourtant, de mentionner CQFD.
J'ai pris part à la conversation pour souligner que je ne parvenais pas à comprendre la valeur que pouvait avoir le fait "d'aimer ou de ne pas aimer les journalistes" et indiqué que je m'en tenais à la position que Nicolas Sarkozy avait exprimée lors du procès de Charlie Hebdo sur les caricatures de Mahomet, affirmant qu'il préférait "trop de caricatures que pas de caricatures du tout".
J'ajoute que ce gouvernement a adopté un loi sur la protection des sources que réclamait la profession et qui va clarifier ses relations, dans ce domaine, avec le juge d'instruction.

Je viens en effet de lire l'article que vous mentionnez sur le site de "20 minutes" (il ne faut pas plus de 20 secondes...).
J'aurais aimé voir le rapport original, car si ce résumé reflète bien le message de la LDH, alors oui je partage votre sentiment.

Faisant partie des "Droits de l'hommiste", je suis heurté par le traitement infligé aux délinquants, aux conditions de détentions, de rétentions, aux discriminations que subissent encore les femmes, les homos, les sans-papiers, les Arabes, les noirs, les pauvres dans cette France du XXème siècle qui met bien du temps à réaliser que le nouveau millénaire a 8 ans.

Je suis impatient de voir la France créer sa place dans ce nouveau monde, apportant son histoire, les leçons tirées de ses erreurs, et ses valeurs, plutôt que de la voir se replier sur son "identité nationale" telle une prude bourgeoise qui a peur du loup...

Les citations du rapport de la LDH que nous propose "20 minutes" ne représentent pas pour moi une dénonciation pertinente dans le fond, et pourrait laisser penser, dans la forme, à une peur de la réforme et de la modernité.

Enfin, concernant le bonheur, ce sentiment du présent, à quoi ressemble-t-il aujourd'hui ? "Avoir", avoir des papiers, avoir du pouvoir d'achat, avoir le dernier jeu GT4 ou avoir des heures sup, je crains que la LDH qui défend l'"Être" ne soit sur ce terrain un peu hors sujet.

Pour Victor Hugo "Être contesté, c'est être constaté". La LDH a un rôle majeur en ce sens, souhaitons que dans son rapport elle ne l'ait pas oublié.

Je rejoins le commentaire de "Sept ans en 1968" sur la Ligue des Droits de l'Homme. Depuis longtemps déjà, elle n'a plus aucune crédibilité.
Pour les sans-papiers, mon avis diffère du vôtre, semble-t-il car, si le fait d'établir des quotas d'immigration ne me choque nullement, à quelques réserves près, en revanche, les quotas rigides d'expulsion, loin de consolider notre identité nationale, ne font en réalité que lui porter atteinte. (J’en ai déjà dit un mot sur le blog de Sa Très Grande Suffisance Maître Eolas). Je ne dis pas que nous ne devons pas lutter contre l'immigration illégale. Mais, chacun sait qu'au-delà de la lettre de la loi, déjà rendue plus sévère à diverses reprises en matière de contrôle de l'immigration, au-delà donc des textes, il existe un état d'esprit, une philosophie qui préside à leur application. Et celle-ci est inutilement vexatoire.
Je me méfie des positions extrêmes en matière d’immigration. C’est un sujet douloureux et complexe. Je donne crédit à Nicolas Sarkozy d’avoir été le premier président de la Vème République à avoir su éliminer le Front national de la scène politique française. Il l’a fait sans pour autant reprendre à son compte les thèses de ce parti contrairement à ce que répètent quelques perroquets socialistes en déroute. J’ajoute que le fait même d’avoir accolé le terme d’identité nationale à l’intitulé du ministère de l’immigration ne m’avait pas choqué. Nous savons trop qu’en ayant fait de cette question un sujet tabou, les socialistes, puis Jacques Chirac - dont le courage n’a jamais été la première vertu -, avaient porté le parti d’extrême droite à un niveau inégalé depuis la deuxième guerre mondiale. Et ce sont les mêmes pourtant, notamment certains internautes de ce blog, qui ont eu le ridicule de comparer la politique du gouvernement à celle de Vichy. L’identité nationale n’est pas une question secondaire. C’est un terrain miné, un thème explosif sur lequel il ne faut jamais s’interdire de réfléchir. Que certains en profitent politiquement, à droite comme à gauche, est une autre affaire.
Il est par ailleurs très difficile de trouver le bon équilibre entre l’accueil nécessaire des immigrés dans de bonnes conditions et la volonté de préserver une certaine cohésion nationale, tant sur les plans économique qu’identitaire. Ce n’est pas seulement un défi pour la France mais pour l’Europe entière. Il ne faut pas se sentir constamment menacés, mais il ne faut pas non plus éluder les problèmes que pose l‘immigration, suivant une vision idéologique et idyllique des rapports humains. Certains utopistes, tel Monsieur Reffait, prônent à la fois l’ouverture complète des frontières et l’assimilation totale de ceux qui entreraient ainsi de manière massive sur le territoire, sans même se rendre compte du niveau d’extravagance qu‘atteignent leurs contradictions. Tentons plutôt de réfléchir à des voies médianes, respectueuses aussi bien de ceux qui vivent déjà sur le territoire national - qu’ils soient d’origine immigrée ou pas - que de ceux qui y seront accueillis.
Pour revenir d’un mot sur l’immigration choisie. Une question, en apparence anecdotique, me hante. Est-ce qu’une femme seule, sans relations ni métier « utile », veuve, russe, juive et d’une francophilie presque fanatique, est-ce que cette femme qui avait transité un temps par la Pologne, et qui n’était autre que la mère de mon cher Romain Gary, obtiendrait aujourd’hui ses papiers ?

J'ajoute à propos de Jacques Chirac : cela n'enlève rien au combat ferme qu'il a su mener contre l'extrême droite. Mais ce combat, malheureusement, n'a pas été soutenu par une réflexion sur la question de l'immigration.

Verel,

Vous faites justement remarquer que régularisation et naturalisation sont deux choses différentes.

Par contre, on peut s'étonner que vous désiriez qu'on n'associe pas délinquance et clandestinité alors que l'entrée et/ou le séjour irrégulier est un délit. De droit, les clandestins sont des délinquants.

J'ai plusieurs choses à dire sur le "faux bilan" de la LDH.
1. "...on ne peut décréter un recul... de l'Etat de droit", dites-vous : il faut d'abord s'entendre sur ce que l'on prend en compte dans cette formule. Car à tout accepter au titre de "l'Etat de droit" on peut, en caricaturant le propos, considérer comme légitimes les lois anti-juives de l'Etat français de 1940, après tout établi de façon démocratique et surtout soutenu par une très large majorité de la population française. On voit bien ainsi, que ce qui compte, de façon subjective j'en conviens, est la part d'idéal (d'idéologie si le mot ne vous fait pas peur) que l'on met dans sa vision de l'Etat de droit. Dès lors, la politique judiciaire de Sarkozy et Dati, le refus d'envisager sérieusement des politiques de réinsertion des prisonniers (pire en maintenant, dans certains cas, ces derniers à vie dans un système de détention en rétablissant ainsi la peine de mort "par destinée", si j'ose dire), la priorité donnée aux victimes et à leurs associations dans la définition de la politique pénale sont un recul de l'Etat de droit. Sur ce dernier point particulièrement, une conquête majeure de la Révolution fut, en s'appuyant sur le Contrat social de J.-B. Rousseau qui refusait de reconnaître à une partie du corps social le droit de s'imposer à l'ensemble des citoyens, d'affirmer dans l'article III de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen, que "Nul corps, nul individu ne peut exercer d'autorité qui n'en émane expressément". L'importance du lobby des victimes reconnue par Sarkozy et Dati, le pouvoir qu'ils lui donnent dans les choix judiciaires mesurent la taille de ce recul !!
2. Sur les fichiers. Je conviens que l'on ne puisse condamner tout progrès dans la technique qui permet de pourchasser le crime. A ce compte, la découverte des empreintes digitales eût été une régression ! Mais tout de même d'un pouvoir qui privilégie à ce point la répression (je viens de l'écrire), qui développe dans la fonction publique une xénophobie d'Etat (voir plus loin), qui donne trop souvent à sa police carte blanche dans la répression (que l'on se réfère pour mesurer le caractère républicain de son encadrement à la comparaison des ordres de Papon Préfet de Police dans la répression des manifestations contre l'Algérie française et de ceux de Grimaud, Préfet de Police lui ayant succédé, lors de mai 68 !) et l'on peut craindre le pire dans l'usage d'une technique qui permet dorénavant, et avec les erreurs que l'on peut imaginer, de connaître les secrets les plus intimes de tout citoyen.
3. Les immigrés. J'avoue être de mauvaise foi sur cette question, pour une raison très simple : je considère, en effet, que depuis 5 siècles que nous pillons les pays d'où sont originaires « nos » immigrés, grâce auxquels s'est bâtie la fabuleuse richesse qui est la nôtre, d'abord par l'esclavage (Napoléon pour rétablir l'esclavage aux Antilles, n'avait pas hésité à envoyer un corps expéditionnaire de 30 000 hommes : c'est dire l'importance que revêtait pour notre économie cette pratique), ensuite par le colonialisme et le néocolonialisme (Françafrique entre autres) et aujourd'hui avec la mondialisation, il n'est que juste d'accueillir ceux qui ont le courage de venir jusqu'en notre paradis, construit grâce à eux, pour fuir les champs de ruines qu'on leur a laissés. Point. Là-dessus je n'admets aucun contre argument. Et si l'on devait en crever, ce ne serait que le sort que l'on n'aurait dû connaître peut-être avec un peu plus de scrupules ou simplement d'humanité. Néanmoins, qu'il me soit permis de souligner qu'heureusement pour l'humanité, précisément, il y a ces "minorité de nos concitoyens, artistes et donneurs de leçons", comme vous dites, les mêmes qui cachaient des Juifs pendant la guerre parce que leur humanité était déjà au-dessus de la loi (et retour sur l'idéologie de l'Etat de droit), des Algériens dans les années 50, ou qui, plus généralement, face à des lois iniques ou simplement injustes usent de ce droit révolutionnaire à la désobéissance. Les grandes avancées progressistes ont toujours été le fruit de désobéissances puisque vous savez bien que la loi suit le fait.
Sur la "traque" : citons le Petit Robert, "action de poursuivre". Et lorsque la police n'interpelle, dans un lieu donné, que des hommes de couleurs (plus ou moins foncés), ELLE TRAQUE.
4. "Le bonheur" écrivez-vous : curieux que vous passiez du fait d'être "heureux" dont parle la LDH, au bonheur. Etre heureux c'est ponctuel, à propos d'une situation, d'un état forcément passager, ce n'est pas permanent. Et l'on peut bien dire que depuis un an aucune des mesures du gouvernement Sarkozy n'ont permis aux Français d'être heureux, ne serait-ce qu'un instant ...sauf pour ceux dont la fortune a permis d'échapper aux droits de succession, de préserver des impôts une bonne partie de leur richesse, etc.. Pour les autres la répression est plus dure, la maladie est de moins en moins soignée, les droits du travail sont bafoués, etc.. Je sais bien que Saint-Just avait dit en son temps que "le bonheur est une idée neuve en Europe", mais il y a encore du chemin à faire et nous savons tous qu'il n'est pas d'actualité ... bien moins encore depuis un an.
5. Enfin sur la vision "de gauche" de la LDH : diriez-vous que l'Histoire est de gauche ? J'espère que non. Pourtant depuis 1789, ce sont les idées dites de gauche qui l'ont faite. Déjà en juillet 1789, c'est ainsi que ce sont regroupés à gauche de l'assemblée naissante, ceux qui exigeaient une constitution face à l'absolutisme royal. Et depuis le progrès, celui qui concerne l'Homme, naquit presque toujours de cette partie-là de l'hémicycle. Et même le droit à l'avortement, proposé par une Ministre de droite, ne put voir le jour que grâce aux députés de gauche. Excluons de notre raisonnement Jules Ferry grand bâtisseur de l'école publique, homme de droite, le général de Gaulle, homme de droite, qui sauva la France en 40 mais qui sans l'appui des forces populaires (savez-vous que la géographie des barricades, lors de la Libération à Paris, recouvrait à peu près celle de la tuberculose, maladie des pauvres !) n'aurait pas pu grand-chose en France, et quelques autres. Mais ce sont le plupart du temps des hommes de gauche élus ou militants associatifs, ou syndicalistes, des travailleurs, des prolétaires qui apportèrent le vrai progrès dans la justice sociale et dans le droit, dans les droits.
La LDH s'inscrit tout simplement dans cette tradition, dans l'histoire de notre peuple qui depuis qu'il a pris goût à la liberté et plus encore à l'égalité n'a pas trop envie de le perdre. Ces droits si chèrement acquis méritent d'être défendus... mais y compris par des gens de droite si le coeur leur en dit et s'ils entendent s'inscrire dans notre Histoire.
Henri ROSSI Militant LDH

Sur le blog d'un avocat général, on ne doit pas s'étonner de rencontrer des mécaniciens du droit. Mais lorsqu'il s'agit d'apprécier la crédibilité d'une "Ligue des Droits de l'Homme"; je me demande si leur formation ne les disqualifie pas autant que ce qu'ils se croient légitimés à en faire état.
Lorsqu'on dispose du minimum culturel pour comprendre (pas toujours) les analyses d'un Philippe Bilger ou d'un Maître Eolas, et qu'on a les moyens matériels d'y consacrer le temps nécessaire, le droit mécaniste peut être brandi comme l'arme de la justice. On peut alors expliquer que délinquance vient du mot délit et se sentir ainsi protégé par un Etat de droit qui aura pour mission de veiller à ce que tout évolue mais surtout à ce que rien ne change. Avec ce type de certitude, du temps des Misérables, la LDH n'aurait même pas pu s'offusquer de voir partir au bagne les gamins qui volaient un quignon de pain.
Sous prétexte que la loi est la loi et qu'elle serait la même pour tout le monde, ceux qui font la loi se sont toujours arrangés pour qu'elle leur profite et c'est précisément ce que la LDH dénonce partout ou elle peut établir un bilan sur la manière dont sont traités les êtres humains.
Un précédent commentaire citait Victor Hugo ; n'a-t-il pas écrit, dans Quatre-vingt-treize, que l'équité est plus haute que la justice ? Et si la LDH s'occupait d'équité plus encore que de justice ? Qu'on traite un sans-papier comme un délinquant, ce ne serait que justice puisque c'est l'application de la loi ? Mais qu'est ce qui agresse plus la dignité d'un homme, être né dans un pays sans espoir ou se voir rejeté d'un pays où il exerce, illégalement certes, une fonction sociale reconnue et acceptée par tous sauf l'Etat ?
Quand la justice - qu'on rend au nom du peuple - bafoue la dignité, venez au secours de mon lexique, soufflez-moi donc un mot pour ne pas avoir honte.
J'aime beaucoup la définition qu'André Maurois donne du bonheur : "un répit dans l'inquiétude". Disons qu'en ce qui concerne les sans-papiers, la LDH lutte pour que la justice française ne représente pas pour eux, et en mon nom, un malheur absolu. Et si parfois elle s'y prend mal, ce n'est pas grave.

Citer la maman de Romain Gary pour appuyer un point de vue me semble peu crédible. Et Proust ? Proust était Juif, donc d'une certitude historique sémite et non gauloise si tant est que la Gauloise, comme la Gitane, hormis en cigarettes nationales, furent Françaises. Et Rimbaud ? Lui qui partit chercher ses racines en Ethiopie et qui, las de n'en plus rien trouver, s'écria à sa maman dans une lettre laconique : "Mais qu'est-ce que je fous ici ?". On peut citer toutes les mamans de France, on ne trouvera pas un seul Français dit de souche quand même l'on remonterait jusqu'à Clovis, créateur de la chrétienté en ce territoire et qui ne fut pas, comme chacun le sait, Français car alors la France n'existait pas. Vercingétorix ? Si l'Arvegne a été un pays et qui plus est la France ce pays, alors je veux bien croire et affirmer que, moi, mes souches sont picardes, absolument, le Chemin des Dames, Heurtebise, Craonne et Sissonne, en plein dedans, j'y ai des aïeux ensevelis... Ces arguments faciles ne tiennent pas la route et tronquent dès son commencement le discours. Et Mazarin, il était Français, lui qui créa la France ? Et la plupart des rois de France dont le sang, d'alliances étrangères en mésalliances étrangères... Marie-Antoinette était "la putain autrichienne" dans la bouche des meutes parisiennes, vous le savez bien et de ces meutes dont les origines se trouvaient récentes encore dans ces nombreuses et si diverses provinces où l'on peinait à apprendre, par la force, cette langue d'oil qui deviendra ce que nous en faisons encore aujourd'hui, un Corse qui, s'il avait vu le jour deux ans seulement auparavant serait né Gênois, a fait une armée pour brasser par le fer et le sang tout ce beau monde européen et tenter d'en faire sortir quelque chose de nouveau... Ah la maman de Romain Gary, si on lui avait refusé l'asile ! "La vie devant soi", "La promesse de l'aube", les aurions-nous eus ? Ah ce Buonaparte, si sa maman avait accouché deux ans plus tôt !... Aurait-il été élève à l'école militaire de Brienne, ici en Champagne ? Vous n'allez tout de même pas la faire à la Max Gallo, tout de même, caricature d'Histoire ou Histoire caricaturée, facile à écrire et à lire, pour les petites gens impressionnées par les gros titres de ces gros livres et le ronron mièvre à la télévision dans ces ersatzs d'émissions littéraires, certainement encore la fameuse exception française, culturelle celle-là ?... Il n'y a pas à se poser continuellement la question en droit de l'accueil d'untel ou unetelle qui viendrait de quelque étranger proche ou lointain car se la poser seulement reviendrait encore à nier le droit, ce droit qui est commun de par ses origines romaines (pour m'en tenir à celles-ci uniquement) et imposé par l'Histoire et tous les hasards peu ou prou violents de cette dernière et puis par la volonté initiale d'un Corse à peine et par encore le hasard Français devenu car l'île changeait à ce moment de "propriétaire". Furent-ils "bien accueillis", au sens où vous le dites, les Ritals de la fin du XIXème siècle et le début du XXème ? Et les Portos ? Et les Espagnols ? Et les "bougnoules" des années cinquante et soixante ? Ils vinrent, c'est tout, et firent leur vie, humblement, dignement, pauvrement souvent mais non sous l'égide d'un quelconque droit d'exception auquel vous faites allusion sans le dire mais du droit commun. On ne peut obliger des gens à aimer des gens, même avec un droit d'exception, c'est ainsi. La mère de Romain Gary fut sans doute traitée de "sale Juive et polonaise" à cette époque douloureuse ; cela a-t-il empêché qu'il participât amplement de la libération de la France du joug nazi et qu'au panthéon des Lettres françaises il siège aujourd'hui bien haut ? Quel droit particulier a-t-on appliqué à sa maman pour que cela fut ainsi si cela n'a été le simple droit commun ? Accueillir, accueillir dans de bonnes conditions... Mais qu'est-ce que cela veut dire ? Rien. Du verbiage. Et les petits Michel, François, Pierre ou Paul qui n'ont plus à être accueillis, eux, puisqu'ils sont d'ici et de trois générations ou plus mais qui vivent dans les conditions les plus indignes d'un pays riche et moderne ? Leur appliquer quel droit autre, à eux ? Comme le Droit n'est pas figé, aucune Humanité ne l'est de même. C'est le mouvement qui crée la vie, celui de l'esprit comme celui des corps. Et ce mouvement ne saurait se réduire à une barre HLM et un boulot de plongeur en cuisine de restaurant qu'on nommerait le droit du "bien accueilli". Combien de Français dits de souche vivent et travaillent (ou non) à l'étranger ? S'ils les renvoyaient chez nous comme nous renvoyons les leurs, cela ferait un point partout, égalité dans la connerie et, fatigués alors de l'ennui d'être entre nous tellement identiques, l'on recommencerait aussitôt à bouger et remuer de plus en plus loin. Pensée unique... Cela devient fatigant.

PS/ J'ai bien compris, Philippe, que vous ne pouviez développer ici un essai théorique sur le Droit. J'avais juste envie de l'écrire...

Salutations.

Aïssa.

Marc,

Il y a quelque chose de cocasse à, dans un même élan, critiquer les discriminations hostiles, voire les violences, dont font l'objet femmes et homosexuels et le traitement réservé aux clandestins... Etant donné que les clandestins ne sont guère parmi la population la plus modérée en matière de violences conjugales et d'intolérance au regard des homosexuels.


Henri Rossi,

Vous écrivez en tant que militant de LDH et tout le drame, c'est que vous faites beaucoup d'affirmations sur des sujets pourtant bien complexes - à propos desquels je ne suis pas persuadé que vous soyez compétent.

Notamment on ne peut dire, même en caricaturant, qu'il n'y a pas eu plus qu'aujourd'hui de recul de l'Etat de droit pendant la période de Vichy (on ne va pas parler que de juin 1940, parce que le drame de l'Occupation ne s'est pas joué en un mois) ne serait-ce que parce que le régime de Vichy s'est installé légalement, c'est faire fi de toutes les recherches des historiens du droit qui ont, notamment, montré que le régime collaborationniste a, à de nombreuses reprises, contourné les juridictions classiques ou juridictions d'exceptions, dès lors qu'elles ne lui offraient pas les résultats escomptés.
Il ne s'agit pas de phrases en l'air telles celles qu'on peut lire dans un rapport de la LDH, il y a des colloques et des bouquins très sérieux qui ont été publiés sur ce sujet.

Par contre, donner du poids aux victimes, en soi, peut être considéré comme une modification de l'esprit et de la lettre du Droit, mais en rien un recul de l'Etat de droit dans la mesure où le tout est codifié. Or c'est bien cela, l'Etat de droit, un Etat où la Justice est codifiée et non arbitraire.


On voit mal par ailleurs pourquoi vous nous parlez de la répression des manifestations de mai 1968. Pourquoi, tant qu'à faire, ne pas pousser la comparaison avec les journées de juin 1848 ?


Quant à votre vision du pillage des pays des immigrés, ces pays étaient-ils richissimes, en plein âge d'or, à leur apogée, pour qu'ils aient été colonisés avec tant de facilité. Avez-vous fait le calcul exact de la balance entre les gains et les coûts de cette colonisation passée ?


Le plus épatant de votre credo, c'est d'entendre que « sont les idées dites de gauche qui ont fait [l'Histoire depuis 1789] ».
Ca en dit très très long sur l'étendue de vos connaissances historiques - le droit de vote des femmes, par exemple, vient de qui ?
Ca en dit d'autant plus long sur la finesse de vos connaissances historiques - on trouvera rarement aussi douteuse analyse que mélanger les philosophes des Lumières avec ce qu'on appelle aujourd'hui la gauche (bel anachronisme, soit dit en passant), même Karl Marx ne s'y était pas trompé.

Henri Rossi, assurément vous avez le profil d'un militant de la LDH... ça pousse des cris, ça conteste, ça accuse. Mais avant tout, ça ignore.
Vous feriez un bien dangereux procureur.

Denis Ducroz, lorsque vous écrivez « Sous prétexte que la loi est la loi et qu'elle serait la même pour tout le monde, ceux qui font la loi se sont toujours arrangés pour qu'elle leur profite et c'est précisément ce que la LDH dénonce partout ou elle peut établir un bilan sur la manière dont sont traités les êtres humains », me vient une certitude.

Peut-être ai-je tort, mais j'ai l'intime conviction que vous ignorez tout des graves atteintes dont de nombreux citoyens sont tous les jours victimes dans certaines zones non négligeables de France.

Car les forts, les riches, n'ont pas besoin de la loi dans la France de 2008. Ils sont déjà bien tranquilles. La loi protège les faibles, ce que ne veut pas entendre la bonne société de gauche, l'arrière-train dans la soie, qui crie au scandale quand les pauvres osent aspirer à la vie que notre loi avait promis de permettre.

Après avoir passé son temps à défendre les racailles sous prétexte d'humanité, position devenue intenable au bout de 20 ans, la gauche s'est trouvée une nouvelle marotte : les clandestins. Qu'on ne s'y trompe pas, les forts s'en moquent, la clandestinité sert ceux pour qui l'économie n'a pas de morale.
Les soutiens aux clandestins sont les alliés objectifs de cette catégorie d'entrepreneurs pour lesquels un SMIC est encore trop cher payé pour un travail de 40h.

Les dindons de la farce sont toujours les mêmes.

"d'un pouvoir qui "prétend définir l'identité nationale(...)sélectionner les immigrés(...)"

Sur ce point, je partage l'inquiétude de la LDH. Les mots, et surtout leurs associations, ne sont jamais simples parce qu'ils ont une histoire, qu'ils véhiculent des connotations. En l'occurrence, dans le cas français, l'association de ces 3 mots est tout sauf innocente parce qu'elle renvoie à l'extrême droite et suscite des réflexes de haine. Les associations d'idées comptent plus que les argumentations dans ces réflexes. Cela peut rapporter des voix du FN à un candidat (et si assimiler les voix du FN est ce qu'on appelle "faire disparaître le FN" de la scène cela peut effectivement avoir cet effet trompeur). Ce n'est pas par hasard si peu avant l'ouverture de la Cité nationale de l'histoire de l'immigration, il y a eu plusieurs démissions parmi les spécialistes de cette question, du fait de l'intitulé du nouveau ministère. Ces gens qui démissionnaient, même s'ils étaient de gauche, s'étaient engagés dans un projet concrétisé par la droite (Raffarin, Toubon) dans le souci de ne pas se placer dans une logique partisane. Mais l'association de ces 3 mots leur a paru de nature à attiser la xénophobie et le racisme.

Je partage l'ensemble des positions de votre note.

A l'exception de votre accord pour l'identité française accolée à immigration.

Comme je l'ai déjà exprimé à plusieurs reprises dans votre blog, cette double appellation m'apparaît absurde. Car je pense que ce déficit d'identité culturelle nous concerne tous. Ces repères ne se traduisant le plus souvent pour l’ensemble de nos concitoyens que par un brouillard très épais, ou que par des imaginaires pauvres et caricaturaux, je ne vois pas pourquoi ce serait d'abord aux autres d'être en phase avec des valeurs, une histoire et une culture, que nous sommes si peu assurés pour transmettre. A commencer par nous-mêmes.

"La seconde le perçoit comme une construction constante, inventive, sans cesse légitimée puisqu'elle émane d'une incontestable République."

Oui, mille fois.

Songeant à ma discussion précédente avec Pierre Murcia, je pense que l'état d'esprit démocratique n'est pas dans des poses, des principes ou des postures figés une fois pour toutes, qui présentent ainsi des risques d’être déconnectés du réel. Mais dans l'exigence d'auto-contrôles et de contrôles que toute personne qui dispose d'un pouvoir sur autrui investit ou n’investit pas dans son travail au quotidien.

Pour reprendre l’exemple d'Outreau que j'ai évoqué avec PM.

Des assistantes maternelles font des déclarations. L’administration sociale qui est censée encadrer ces assistances maternelles et contrôler ces déclarations n'encadre pas et ne contrôle pas. Le juge d'instruction qui dirige l’enquête ne s’interroge pas sur l'absence de cet encadrement défaillant et l'inexistence de ces contrôles. Les avocats ne semblent pas non plus avoir manifesté de la curiosité quant à l’absence de ce verrou de sécurité. La chambre d'instruction, idem. Les médias ne posent pas de regards critiques et distanciés.

Un garde-fou de l'Etat de droit a implosé en silence, dans l'indifférence, étouffé par les habitudes, les conventions tacites et les réflexes de travail des uns et des autres.

Je sais bien qu’une démarche d’analyse critique et de validation de telle ou telle déclaration n’est pas un travail spectaculaire. Il ne présente pas les avantages et les facilités d'une envolée lyrique imprégnée de principes. Mais cette exigence, ce professionnalisme et cette éthique de base dans le travail au quotidien, quand ils fonctionnent, c’est ce qui, encore et malgré tout, garantissent le mieux pour moi le respect et la fiabilité d’un Etat de droit.

Monsieur Marcel Patoulatchi (pas l'autre Marcel?) vous avez raison de me reprendre sur une formulation confuse parce que trop rapide, la loi protège les faibles, c'est pour cela qu'elle est faite et c'est même le socle de tout espoir en la société.
Toutefois nous sommes bien obligés de constater que, partout dans le monde, les puissants protègent leurs privilèges derrière des systèmes qu'eux-mêmes présentent comme légaux, et c'est le souci de tout dictateur que de légitimer son pouvoir par une adhésion populaire manipulée ou factice au nom de laquelle il éliminera ses opposants "en toute légalité".
Personne ne prétend que nous en soyons là dans notre beau pays, mais la vigilance s'impose à chaque instant, sur chaque texte et à l'occasion de chaque dérive langagière. D'ailleurs, ceux que j'appelle les mécaniciens du droit sont là pour ça et, tant que les pouvoirs restent séparés, on peut leur faire confiance.
Il se peut que j'ignore "tout des graves atteintes dont de nombreux citoyens sont tous les jours victimes dans certaines zones non négligeables de France."(dixit MP) mais ma modeste connaissance de la réalité française m'autorise à penser que
-toute la gauche n'a pas l'arrière-train dans la soie.
-la racaille prolifère sur tous les terreaux, qu'on la nomme mafia ou nomenclatura
- la délinquance de quartier, pour douloureuse et insupportable qu'elle soit, est plus le fait d'une indécente inéquité sociale que le contraire.
-ce n'est pas dans les secteurs de la restauration et du BTP, gros employeurs de main d'oeuvre au rabais, que se bousculent les patrons de gauche.
- c'est justement parce que " la clandestinité sert ceux pour qui l'économie n'a pas de morale"(dixit MP) qu'il faut traquer les exploiteurs plus que les exploités.
Bref, si la gauche, et avec elle la LDH, n'ont pas le monopole du coeur, elles n'ont pas non plus le monopole de l'aveuglement.
Respectueusement.

@Laurent Dingli

Quand vous écrivez à propos de Chirac : "cela n'enlève rien au combat ferme qu'il a su mener contre l'extrême droite" vous répétez ce que des "perroquets" de journalistes pas encore en déroute vous ont rabâché ou vous faites référence :

- aux négociations qu'il a menées entre les deux tours en 88 avec Le Pen pour récupérer ses voix en loucedé comme l'a stigmatisé Eric Zemmour (du Figaro),
- à l'expédition coloniale d'Ouvéa et ses 23 morts... toujours pour récupérer les voix de Le Pen,
- à tous les fachos d'extrême droite qu'il a accueillis au RPR dans les années 70 comme le stigmatise Eric Zemmour (toujours du Figaro) : comme Bruno Mégret qu'il a installé au Comité central du RPR en 1977,
- Aux députés du FN élus en 86 qui venaient du RPR comme les Bruno Chauvière, François Bachelot, Mégret et consort...
- Aux alliances municipales à Dreux entre le RPR et le FN sans que Chirac ne bouge le petit doigt,
- A sa sortie pour militants avinés sur "le bruit et les odeurs" digne des plus belles fins de banquet du FN ?
- Aux propos d'Alain Peyrefitte qui prônait à la fin des années 90 une alliance RPR/FN sans que personne ne bronche au RPR (en particulier Chirac...) ?
- etc...

Une fermeté exemplaire que vous avez raison de souligner !

Il vaut mieux ne pas répéter de tels aphorismes... sans avoir un minimum de culture de l'histoire récente...

@ Mandrin,
Avant de vous lancer dans des démonstrations fastidieuses, relisez donc mon texte et vous verrez que j'évoque Jacques Chirac, président de la République, et non pas l'homme d'avant 1995 lequel a, en effet, instrumentalisé la question de l'immigration.

Denis,

Vous dites que « la délinquance de quartier, pour douloureuse et insupportable qu'elle soit, est plus le fait d'une indécente inéquité sociale que le contraire ». Je n'en suis pas persuadé. A mon sens, elle est plus le fait d'un délitement des références morales, délitement induit par une politique judiciaire complaisante avec le petit délit donnant toute rentabilité à la voie de l'argent facile.
La délinquance des zones urbaines sensibles n'existe pas parmi une population miséreuse, qui n'a pas de quoi manger ni aucun loisir. Cette délinquance (et criminalité) est motivée par le goût du luxe, du superflu.
Et il est assuré que lorsqu'on condamne à 10000 euros de dommages et intérêts, en plus d'une peine d'emprisonnement, l'auteur d'un vol de plus de 30000 euros, on a la crédibilité que l'on mérite.

Vous dites que « ce n'est pas dans les secteurs de la restauration et du BTP, gros employeurs de main d'oeuvre au rabais, que se bousculent les patrons de gauche ». Assurément.
Soutenir les clandestins, et donc le travail clandestin, c'est soutenir ces patrons à la moralité douteuse.

Vous arguez « qu'il faut traquer les exploiteurs plus que les exploités ». Mais l'un ne va pas sans l'autre. Et si je suis tout à fait d'accord avec vous pour estimer que les exploiteurs devraient être la cible prioritaire de la lutte contre les infractions relatives aux clandestins, on ne peut pas dire ça et de l'autre côté vouloir la régularisation massive de X clandestins ni détourner le regard sur le fait que les clandestins font partie de ce système.

L'histoire de la Ligue des Droits de l'Homme s'inscrit dans l'histoire de la gauche lorsqu'elle se crée au moment de l'Affaire Dreyfus. La notion même de Droits de l'Homme se place naturellement au-dessus des lois, lesquelles peuvent être parfaitement liberticides.
J'ai coutume de dire que l'Etat de Droit ne m'inspire aucune forme de respect : nombre de dictatures sanglantes sont des Etats de Droit et, en France, les tribunaux de Vichy ont appliqué les lois anti-juives en se fondant non pas sur le sentiment antisémite des juges mais sur l'application de textes légaux.
Il y a donc deux concepts qui cohabitent plus ou moins bien au fil des années dans notre pays.
Il n'est pas douteux, selon mon opinion, que le traitement fait aux sans-papiers relève d'une opposition entre les droits de l'homme et le droit. Alors que nous dénonçons au nom des droits de l'homme la misère des populations contraintes d'émigrer pour diverses raisons, notre droit tend à renvoyer ces miséreux chez eux, c'est-à-dire vers la dénégation de leurs droits humains. Tout se passe comme si l'atteinte aux droits de l'homme cessait au moment où l'exilé pose le pied en France. Bien évidemment, les faits s'opposent à cette considération et les drames que l'on connaît (suicides d'exilés) montrent bien que la détresse ne cesse pas à nos frontières.
Je ne juge pas en l'occurrence du bien-fondé de cette politique, je note simplement que celle-ci peut donc se trouver en contradiction avec les principes des droits humains. Contradiction qu'il faut assumer.
S'agissant de l'identité nationale, il faut bien avouer que ce concept destiné à ratisser les voix du FN n'a donné lieu à aucune traduction politique, si ce n'est la dénomination d'un ministère. Nous n'avons pas vu l'ombre d'un projet de loi allant dans ce sens. Heureusement d'ailleurs.
Je note aussi que N. Sarkozy a cité Germaine Tillion, Lucie Aubrac parmi d'autres résistants comme étant le visage de la vraie France : il est utile de préciser qu'au nom de cette conception à la fois de la Résistance et de l'humanisme qui la sous-tendait, ces personnalités remarquables de la Résistance se sont toutes trouvées parmi les défenseurs des sans-papiers. On devrait se demander pourquoi.

@Henri Rossi

Il faut vous remercier, cher Monsieur Rossi, pour la page exceptionnelle que vous venez d'ajouter talentueusement à la Légende dorée de la Gauche. Il est vrai que les noms d'Auguste Chirac, de Jules Guesde, de Gaston Hervé, de Jacques Doriot, de Pierre Laval, ou de Marcel Déat... ne méritaient pas de figurer à l'immortel Panthéon de ces hommes de progrès auquel vous agrège, de facto, votre qualité de "militant des droits de l'Homme". Ces noms font aussi partie du passé de votre famille politique mais ils n'y ont plus leur place quand triomphe une vision univoque et fantasmée de l'histoire. A partir du moment où Jules Ferry peut être sereinement qualifié d'homme de droite (Tonkin oblige...), toutes les fantaisies sont possibles ! On sourira à vous lire lorsque vous affirmez que le Général a sauvé la France... en 1940. L'Assemblée du Front Populaire, - désertée... par certains députés communistes, - accorda plutôt ce titre à un Maréchal (républicain) bien connu. Pour vous taquiner un peu, je vous demanderais volontiers si un homme de 1789 comme le marquis de Mirabeau peut être regardé comme un homme de Gauche. Ou si Louis XVI Capet, qui a promulgué la déclaration du 26 août 1789 n'est pas un homme de Gauche qui s'ignore. Ou si des hommes de 1793, comme Saint-Just ou Robespierre, amants patentés de l'humanité, sont aussi des hommes de Gauche. Ou si un jacobin comme Buonaparte reste un homme de Gauche quand il ravage les Antilles pour y restaurer l'esclavage... très bien toléré, semble-t-il, par les hommes de Gauche de 1789 dont nous parlions à l'instant. J'ai pour ma part un peu de mal à accepter des leçons de morale de ceux qui ne sont pas capables de me donner des leçons d'histoire. La magnanimité était la plus haute des vertus, chez les Anciens. Elle était fille d'une certaine humilité, c'est-à-dire d'un certain réalisme à l'égard de son propre ego. Les droits de l'homme doivent être trop modernes pour moi... A moins que Monsieur Rossi ne soit un farceur ! Auquel cas, je lui présente mes excuses.

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