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Un peu de solitude !

Je sais qu'aujourd'hui, la solitude est mal vue. En politique, en art, aux César, aux Molière, on n'a que la notion d'équipe à la bouche, et c'est interminable. Lassant. Ridicule à force.

Pour faire disparaître ce qu'on est, ce qu'on a fait, on se néantise, on se la joue modeste. C'est à peine si on voudrait exister. Ce besoin de se fondre, de dissiper sa singularité, de s'effacer derrière le nombre m'a toujours fasciné. Comme une forme supérieure et presque évangélique de masochisme. Respirer est déjà trop. Pour échapper à l'arrogance d'être soi, on tombe dans la comédie d'un altruisme forcené. Les clans, les groupes, les réunions, les symposiums, les nostalgies encadrées des anciens, les coteries, les collectifs, les cercles, les associations, les clubs, les réseaux, les clientélismes, les ententes, les masses, les happy few, tous ces pluriels étouffants me révulsent. Mais comment peut-on avoir envie de fuir le bonheur d'être seul, la volupté de se camper désarmé peut-être mais riche de soi sur le chemin de la vie, sur tous les plans qu'offre une destinée ?

Ces pensées qui ne sont pas amères me sont venues non pas à la lecture de l'entretien que Ségolène Royal a accordé au Parisien et à ses lecteurs mais en raison de l'entourage de la responsable socialiste. En effet, on apprend que pour venir répondre aux questions souvent pertinentes qui lui ont été posées, elle était accompagnée par "une armada de conseillers", au moins six personnes dont un député européen, deux députées et un sénateur, "une partie de son équipe" a-t-elle précisé. Comment les prétendus spécialistes en communication, qui énoncent des banalités quand ils visent juste, et se trompent quand ils cherchent à se mettre à la place de ceux qu'ils conseillent, ont-ils jamais pu concevoir que le recours permanent à la mythologie de "l'équipe" serait la panacée alors que le citoyen n'éprouve qu'une envie : nouer un lien avec le seul être qui vaille, celui qui porte l'idée et l'élan, suscite ou non la flamme et l'adhésion, sait donner à la démocratie un visage et à l'existence de tous les jours un but. Le destin n'est jamais incarné par "l'équipe" mais par le solitaire, l'unique, qui doit réussir le tour de force, en République, d'être notre égal sans nous ressembler, de s'approprier ce que nous sommes mais de retenir ce qu'il est. La puissance d'attraction de Ségolène Royal, quoi qu'on pense de son projet politique, c'est elle d'abord, surtout, toujours. Pour ma part, le langage convenu sur les conseillers qui deviennent trop vite, à l'évidence, des affidés et des serviteurs, sur les petites mains et, souvent, les petits esprits, sur "l'équipe", cette glorification obligatoire et fausse du subsidiaire alors qu'on incarne l'essentiel me feraient prendre la poudre d'escampette si j'avais l'âme d'un militant. Cela suffirait à me décourager. Pourquoi l'arène devrait-elle être nécessairement surpeuplée ?

Sans aborder autre chose que la technique du pouvoir, il suffit, pour se convaincre de la validité de ce propos, de constater que le président de la République, avec une nouvelle épouse, a aussi invité à se taire d'anciens conseillers qui parlaient trop, notamment l'un d'eux. Et je ne suis pas loin de penser que l'embellie manifeste dans l'organisation présidentielle vient de cette abstention. Pour paraphraser Giraudoux se moquant de Lamartine, un seul conseiller vous manque et tout est repeuplé.

Si je suis autant sensible à la puissance que donne une solitude exploitée, assumée, ce n'est pas seulement à cause de mon caractère, qui n'est pas loin de sentir comme Brassens "que plus de deux, on n'est qu'une bande de c..." mais en raison de la pratique judiciaire. Combien de fois ai-je perçu que la force indiscutable de l'accusateur, en face d'une défense quantitativement importante, c'était précisément son apparente faiblesse, sa solitude. Quand on n'a à emporter que soi, que le dialogue de chaque seconde ne vous met en rapport qu'avec vous-même, qu'on n'a pas à délibérer, feignant l'écoute et la considération, avec des personnes qui en réalité vous pèsent, on ne peut qu'être profondément heureux. On n'est prisonnier que des chaînes qu'on a créées, soi. On est délié des entraves sur lesquelles on ne peut rien. La liberté absolue d'un être lui est offerte par un bagage si léger et à la fois si dense qu'il ne peut être constitué que de soi. Là où le pluriel impressionne par l'étendue, le singulier gagne en profondeur. Requérir seul quand, en face, on plaide à plusieurs, c'est une réduction qui amplifie. On ne gagne pas forcément mais au moins on n'a que soi à blâmer.

Pourquoi pas, un jour, sans vanité mais sans gêne : je suis donc j'existe ?

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Voici les sites qui parlent de Un peu de solitude !:

Commentaires

Il était des moments dans la journée où la solitude était un bienfait. Depuis, la solitude est synonyme de gabegie, il faut un coach pour tout : quelqu'un près de soi pour faire ses exercices de gymnastique, décorer son appartement, pour surmonter une séparation, pour s'habiller avec goût, pour cuisiner, pour méditer, et même structurer son temps pour passer le concours de l'ENM.

En politique, la solitude marginalise celui qui veut intégrer le cercle très convoité des personnalités médiatiques. Ségolène Royal a volontairement américanisé son image, s'entourant d'innombrables conseillers pour construire un mythe autour de sa personne. En 2002, j'avais assisté à une scène dans l'Atelier de campagne du candidat socialiste : Lionel Jospin avait quitté une réunion journalière avec son équipe restreinte (!!!) composée d'une vingtaine de personnes en s'écriant "Je voudrais être seul, je n'arrive pas à réfléchir !" Il se plaignait d'un emploi du temps qui avait fini par l'infantiliser, l'empêchant de rester seul avec lui-même pour parvenir à composer ses propres réflexions. Il y a très peu de personnalités politiques qui aiment la solitude, elles préfèrent s'entourer d'un clan pour symboliser leur force, un courant puissant.

L'expérience d'avoir été juré d'assises me rappelle une affaire où comparaissait un jeune homme pour un homicide involontaire. Il était reproché au prévenu sa solitude, son peu d'amis expliquant en partie son geste. J'avais dit au juge que la solitude n'était pas systématiquement néfaste, qu'on pouvait aimer la solitude sans être nécessairement un criminel en puissance. Néanmoins la solitude est mal vue, elle représente un état mortifère.

La raison pour laquelle, quelles que puissent être les préventions à la mode, je considère la Ve République comme un chef d'oeuvre d'équilibre institutionnel, c'est parce qu'un homme seul en est la clé de voûte.
Quand je dis un homme seul, je dis la conscience d'un homme seul, qu'il appartient de bien renseigner et à qui il appartient de bien se renseigner.
C'est, je n'en doute pas, le "miracle" de la conscience que de ne jamais être plus ce qu'elle est quand elle est unique. On ne peut pas ajouter des consciences comme on additionne toute autre chose et toute décision, importante, est et ne peut être, in fine, qu'un fait de conscience.
Il est vrai, tragiquement vrai, que la solitude d'un être est interprétée, de nos jours, comme une pathologie, celle de l'asocial.
Je suis bien d'accord avec vous, on délaye beaucoup l'existence et le sens qui va avec. D'ailleurs, on le réfute dans la plupart des cas.
Cela m'a amené, il y a déjà quelques temps, à opposer à mes objecteurs, parfois, pour qui la qualité d'un argument ou d'une pensée est proportionnel au nombre de ceux qui le soutiennent, que je faisais personnellement le choix de ne pas vivre dans la fiction.
Mais bon, on est de plus en plus porté - Ségolène Royal a d'ailleurs utilisé cette formule qui me révulse de relations inter-personnelles, comme si "relations humaines" était une expression décadente - à nier l'être, à le considérer insupportable.
A partir de cet instant, le superficiel peut mener ses conquêtes et le champ est ainsi ouvert à toutes les basses polémiques et exaltations.
Cet état dans lequel notre culture est plongé ne durera pas.

Philippe,

Je ne peux adhérer à vos rêveries, celles d’un promeneur solitaire qui aurait rompu avec le devoir de réserve des magistrats, avec Lamartine, cité Dieu sait pourquoi et en tous cas à contre-utilisation, sauf si vous faites référence à ses vers (que vous confondriez avec le célèbre taenia solium ?), avec Sartre (qui faisait précéder l’existence à l’essence), avec Brassens (dont le côté primate le faisait se méfier des gens comme vous, et tendait la patte pourquoi le taire, quand vos alliés courraient après un cul terreux. Aussi ne le citez pas), avec Ferré (dont l’éloge de « la Solitude » reste le modèle du genre, et qui parlait d’un procureur sanctionnant sévèrement la vulgate avant de suivre une enfant au ventre convoité).

Vous confondez la solitude et l’isolement, Philippe, mais êtes-vous vraiment dupe de cette confusion ?

Pour vous, la solitude est facile. Cela fait partie des luxes que votre position privilégiée vous confère, et j’imagine que vous l’admirez secrètement, vous qui écrivez la contempler.

Ce n’est pas la solitude du coureur de fond. Ce n’est pas celle du gardien de but au moment du penalty. C’est la solitude de l’homme qui ne risque rien, juché tout en haut, avec tous les appuis, face à un autre qui risque tout, tout en bas, flanqué d’avocat ou pas.

Elle est magnifique cette solitude.

J’ai rencontré des dizaines de milliers de gens isolés par l’appareil judiciaire. Je les ai épaulés, tout seul (sans me fendre de couplets sur la beauté de la solitude, même si je n’en pense pas moins). Cela me valut une trentaine de procès pipés (avec de magnifiques magistrats solitaires les commettant), des réquisitoires de proc mettant en avant ma dangerosité, mon absence totale de sens des responsabilités. Il s’en trouva même un pour le susurrer au magistrat sans que la salle puisse entendre : « je vous demande de sanctionner sévèrement cet homme qui sème la pagaille dans toute la région ». Et même si le magistrat était comme je l’étais à l’époque, franc maçon, il s’exécuta, dans l’intérêt supérieur de l’appareil. Je crois avoir sauvé pas mal de pères du suicide. Tous seuls, dans leur petit appartement après élimination familiale.

A présent, le pouvoir judiciaire émet publiquement ses avis sur les pouvoirs législatif et exécutif. Dont acte. Il doit s’agir de la révision du devoir de réserve, recomposé en droit de solitude affichée.

A côté du mot « solitude » (qui est pour moi aussi un des mots les plus importants de la langue française, à condition de mettre en harmonie le mot et sa pratique, sans quoi le verbe ne deviendrait que verbiage), vous plaquez des mots bizarres : « pouvoir », « Ségolène Royal », « président de la République », « requérir seul », « plaider à plusieurs », « arène ».

Brassens, auquel vous vous comparez chantait que les grandes idées comme les vôtres font bien des petits morts. J’en ai connu, et en trop grand nombre pour vous absoudre. Je peux citer leurs noms, si vous me le demandez (erratum : si vous me l’ordonnez).

Ferré, auquel vous rendez sans le vouloir un vibrant hommage, et qui serait amusé de votre langage si différent de votre plumage, vous suggérerait peut-être que l’ordinateur qui sert de cerveau à la justice l’a conduit à ordonner des millions de droits de visites illégaux et donc des millions d’exclusions paternelles en deux à cinq ans de la vie des enfants de France. Deux millions d’orphelins de père en France, judiciairement programmés au mépris de deux conventions ratifiées, cela parle à un solitaire comme vous ? Certes, ce ne sont pas de grandes idées, posées sur un blog. C’est une tragique réalité, que n’assume même pas le pouvoir le plus déjanté des trois.

Il est une formule que je retiens de votre texte : « je ne suis pas loin de penser que ».

Qu’elle est belle cette formule.

Vous ne le pensez pas tout à fait, pour vos détracteurs.

Mais vous le pensez un peu quand même, pour vos supporters.

Moi, j’affirme que vous faites toujours de formule plaideuse, et déjà de la politique, et que cette formule le prouve. Et cette prise de pouvoir novatrice, inédite, contemporaine et historique du judiciaire sur les autres piliers de la République, je l’appelle légazisme », avec un Z comme Zorro (un grand solitaire) ou Dazin (un petit repris de justice écrabouillé par vos amis).

Solitairement vôtre.

Monsieur l'Avocat général,

Je comprends votre point de vue. Je le pratique également. Dans la solitude, le guerrier, l'assomption du combat.

Cependant, je n'oublie pas que je ne tire aucun pouvoir d'aucune institution, comme le Palais qui est le vôtre au coeur de Paris, à la Cité.

Ce pouvoir au coeur du pouvoir, c'est votre carnet d'adresse. Monsieur l'Avocat général, ouvrez-le !

Téléphonez, appelez, écrivez, visitez !

Reconnaissez le droit, la pertinence de ceux qui le défendent ! Reconnaissez Guillou, Dazin, les chevaliers de la république !!!

La justice est votre société, fréquentez-la !

Cordialement

Puisque Dazin évoque Lamartine "cité à contre-emploi", j'aimerais évoquer l'homme d'Etat plus que le poète, bien que les deux fussent intimement liés.
J'ai lu, en effet, il y a quelque temps, son adresse au citoyen. A un seul et comme à tous.
«La démocratie a dit à tout Français en âge de raison, en condition d’intelligence et de moralité appréciables : tu participeras au droit, à l’exercice du droit social, non parce que tu possèdes mais parce que tu es. Je ne te demande aucun cens matériel ; je te fais citoyen et électeur parce que Dieu t’a fait homme. Ton signe de souveraineté, c’est ton âme ; ce n’est pas ton champ, ton mur ou ton centime ; et ce signe, il est inaliénable comme ton nom d’homme égal à moi».
D'une certaine manière, les manufactures de programmes, qu'elles soient désignées comme "atelier", comme Jospin avait intitulé son QG en 2002, ou "démocratie participative", dérogent au respect du citoyen tel qu'énoncé par Lamartine, qui est d'abord une intégrité.
Or on flatte et on organise sa compatibilité au groupe politique, on recueille sa complainte, on flatte ses frustrations, on l'appelle à se reconnaître dans une candidature à une candidature par ces truchements qui dévitalisent la démocratie.
Et l'école de la République, en faisant une pédagogie de la "citoyenneté" telle qu'on la voit à l'oeuvre, participe à cette dissipation.
Elle dit à ceux qu'elle a mission d'instruire: "Ton signe de souveraineté, c'est ton désir, c'est ta frustration, c'est ta révolte, c'est ta liberté de revendiquer, c'est ton pouvoir d'achat, c'est ta future retraite, et pour finir, c'est notre cause en laquelle tu dois te reconnaître".
Pour moi, cette pratique, si courante, hélas à gauche, est une imposture démocratique.
Chaque être est un être souverain, et s'il ne l'est pas encore, il doit le devenir en dépit de toutes manoeuvres démagogiques et médiatiques pour l'amener à se confondre dans la multitude de ses semblables, à s'y précipiter, au sens d'une solution chimique.
La gauche a oublié quelque chose en chemin : l'homme, dans sa profondeur. Elle loue à la perfection sa superficialité, mais elle a cessé de croire en son meilleur.
Jean Jaurès avait écrit, en substance, dans un de ses discours que c'était un crime de dire l'humanité moins riche qu'elle ne l'était en réalité parce que c'était lui dérober son bien le plus précieux.
Or, je vois, à tout propos, cette gauche appeler les gens à se plaindre de leur sort, à rechigner, et s'offrir en figure de porte-parole et en garant universel de "l'ordre juste".
Jean Jaurès faisait référence, sans doute, à cette souveraineté de l'être, invoquée par Lamartine, qui fonde le citoyen et la personne au-delà de son avoir ou de sa frustration à ne pas avoir assez.
Je n'ai rien, je suis et je me détermine par moi seul au regard des enjeux et de la réalité dont j'ai conscience.
C'est la liberté d'un homme seul au moment où il doit être seul. Cela devrait être à la portée de tous et chacun devrait s'y tenir pour rester, aux termes de son existence, la "personae intuitue" dans sa propre vie.

«Combien de fois ai-je perçu que la force indiscutable de l'accusateur, en face d'une défense quantitativement importante, c'était précisément son apparente faiblesse, sa solitude. »

Le procureur devant le public, les parties, et le Tribunal ou la Cour, et sa solitude semblable à celle de «The Tian'anmen man» fragile silhouette devant la colonne de chars ?

Je ne sais pas.

Mais sans doute la seconde de ces attitudes se réfère-t-elle à quelque chose comme l'attitude de celui qui, du temps de la chevalerie, inclinant la tête, offrait son cou nu à l'épée du seigneur en un geste rituel, mais aussi animal, d'apaisement.

On avait alors affaire à l'affrontement de deux consciences, de deux sujets.
Le problème c'est que l'armée contemporaine est un corps où l'homme seul, autrement dit le sujet, une conscience, est le pouvoir auquel les consciences individuelles se voient soumises dans l'action. Ce dernier, crispé sur ses dogmes, archaïques a-t-on dit mais personnellement je pense qu'il s'agit plutôt d'une problématique moderne via laquelle les interlocuteurs pluriels de l'homme seul [qui sera aussi bien dans notre société occidentale contemporaine, le consommateur], se voient déresponsabilisés [sachant que, au sommet de la pyramide, on a assez souvent : «Responsable mais pas coupable»], lance ses chars sur des manifestants désarmés.

Quelle nature de l'affrontement est celle qui oppose le procureur comme conscience, comme sujet, et comme solitude, à une pluralité telle que ci-dessus définie ? Il est clair que dans ce type d'affrontement, contrairement à celui qui s'est joué placé Tian'anmen en 1989, la solitude du sujet n'implique pas de risque pour sa personne physique, ou du moins un tel risque n'appartient pas légitimement à ce style de problématique.
Maintenant, il n'est pas là pour son propre compte et sa silhouette, sinon fragile du moins unique à occuper le lieu de la défense du collectif, apparaît en effet occuper cet espace selon les principes de la dynamique de l'art floral spécifique à la cérémonie du thé et en vertu duquel une seule et unique fleur dans l'espace vide du toko-no-ma les résume toutes.

«Des fleurs pour le Thé <茶室の花:茶道>», en chinois «Cha-hua», en japonais «Cha-bana» autrement dit une dynamique en vertu de laquelle le procureur est si remarquable et «The Tian'anmen man» si poignant :  

La magnificence du camélia :

http://www.exblog.jp/blog_logo.asp?slt=1&imgsrc=200712/22/73/a0055073_23355851.jpg# [ce camélia-ci est très beau aussi: http://www.exblog.jp/blog_logo.asp?slt=1&imgsrc=200803/24/73/a0055073_23445811.jpg# ]

et la fragilité de la fleur du prunier:

http://www.exblog.jp/blog_logo.asp?slt=1&imgsrc=200701/05/73/a0055073_11321876.jpg#

C'est que précisément pour être seul, il faut exister, avoir une étoffe, pouvoir penser, débattre par-devers soi, avoir le neurone actif, frétillant, frémissant et créatif... Peut-être est-ce plus rare que vous ne le supposez.
Quant à exprimer ses pensées sans un aréopage de conseillers et penseurs patentés qui les labellisent, un brin de courage est sans doute nécessaire ; voici une vertu, j'en atteste, qui prend de la gîte.

Respectueusement.

Quand elle était lycéenne, ma fille s'est vue imposer des travaux en équipe, pratiquement dans toutes les matières. Pas le choix, elle s'y soumettait. Le résultat était très décevant, les acquisitions superficielles, la perte de temps évidente. Au final, l'impression qui lui est restée est que le travail en équipe obligée est une simple agitation. Rien à voir avec le partage de réflexions nécessairement solitaires. Le vrai partage exige qu'on apporte quelque chose de soi. Où le trouver, ce quelque chose, sinon quand on est seul avec soi ? Je pense que c'est justement pour aimer les autres qu'il faut se retirer, souvent. L'attitude solitaire n'est pas le signe d'une suffisance méprisante, sauf cas pathologiques.

Pendant toute sa campagne SR s'est présentée à tous les entretiens radio-télé-presse écrite accompagnée d'une équipe qui lui préparait petites phrases assassines et argumentation. Récemment encore, invitée à une émission de radio, elle a "viré" les journalistes de la station pour préparer son passage radio avec ses conseillers, ceux-là même qui souvent écrivent les réponses aux questions qu'elle exige de recevoir par avance. Comme ce sont eux qui imaginent les emportements "spontanés"; c'est comme ça. Chacun en tirera ses propres conclusions. Les miennes ne sont pas éloignées de celles d'Eve Terresvermeilles.

Et les applaudissements alors ? Et les rires en boîte ? Approuver seul, selon cette antiquité qu'est le libre arbitre : pas question, on applaudit ensemble la moindre crétinerie. Plus une seule émission sans public (à l'exception notable, marginale et excellente de "Des mots de minuit" de Philippe Lefait), même Sarkozy à l'Elysée devait avoir un public, des pékins piochés parmi ses collaborateurs inconnus, muets, lisses, mais là.
Rire sur commande : tout le monde rit, qu'attends-tu pour te marrer, vil asocial ?
Nous sommes réduit à l'état de public, public de nos chefs et de nos subordonnés, magnifiant l'insignifiance de la horde primitive, l'âge d'or du talent limé comme les griffes d'un fauve trop dangereux.
Car avoir raison seul, c'est trahir les autres. Se tromper ensemble, c'est avoir raison.

"C'est à peine si on voudrait exister. Ce besoin de se fondre, de dissiper sa singularité, de s'effacer derrière le nombre m'a toujours fasciné. Comme une forme supérieure et presque évangélique de masochisme. "

Diantre, comme vous y allez cher Monsieur l'Avocat Général...

Expliquez-moi donc comment vous pouvez faire cohabiter masochisme et évangélique. Où diable y avez-vous trouvé du masochisme, dans la forme, la pratique, le message ou le détail ? Là où il aime à se cacher.

Vous auriez écrit "une forme presque religieuse de masochisme", je l'aurais compris.

Peut-être étiez-vous encore sous le choc d'une pieuse photo représentant une sainte candidate cherchant dans la prière à alléger le poids de ses maux, à moins qu'elle ne fut dans l'attente d'une vision prophétique pour un éventuel quinquennat.

Cordialement.

Pierre-Antoine

Juste en écho à votre note.

"...tu n'es pas seul ; il existe un poète qui pense à tes souffrances."

Pablo Neruda - J'avoue que j'ai vécu

Cher Philippe,
J'adhère à votre analyse et la transpose au cas, pas seulement d'école, où un Avocat se lève, seul face à l'opinion, pour ne pas dire face à la foule, et prend la défense d'un accusé, tout aussi seul emmuré dans le crime qui lui est reproché, pour défendre sa cause au milieu de l'hostilité générale.
Robert Badinter (désolé Philippe, je sais que ça vous hérisse mais c'est ainsi), se levant devant la cour d'assises de l'Aube pour sauver la tête de Patrick Henry, a sans doute éprouvé cette solitude que vous décrivez brillamment et il y a sans doute puisé encore davantage de forces pour livrer cet admirable combat contre l'horreur judiciaire de la mort infligée au nom du peuple français.
Il est des individualités pleinement assumées et bien plus fortes que des collectifs dans lesquels l'union n'est qu'apparence.
Vous savez, pour l'avoir constaté si souvent, que des collectifs en défense sont parfois bien plus fissurés qu'ils ne l'affichent.
A certains instants, il est bon de livrer seul un combat qui vous exalte.

On peut parler de faillite du politique lorsque des cerveaux hautement développés sont sublimés par Ségolène Royal. De propos médisants en photographies savamment contrôlées, il y a un vide sidéral de la pensée politique. Les questions des lecteurs du Parisien étaient plus intelligentes que les réponses de la Présidente du Poitou Charente. On apprend qu'elle portera plainte contre Paris Match pour une image d'elle agenouillée dans une église romaine, alors que les photos de Paris Match sont imprimées avec le consentement des protagonistes. Le peuple est condamné à devoir arbitrer des broutilles, des enfantillages d'adultes gâtés qui n'ont jamais connu la difficulté d'une activité professionnelle qui exige rigueur et sérieux. Par médias interposés les personnalités de partis politiques s'invectivent sur des sujets inutiles renvoyant aux calanques grecques les priorités.

@ Maître Sagardoytho

Maître Badinter n'était pas seul au procès de PH.

Il y avait, très près de lui, un avocat hautement remarquable et infiniment respectable : Maître Bocquillon, qui avait eu l'humilité et la lucidité d'être conscient, qu'en assurant seul la défense de PH, un verdict de clémence était plus que très improbable.

Il y avait aussi un jury populaire qui a pris la mesure de ce que sa décision entraînerait comme conséquence probable, c'est-à-dire un étape décisive dans ce combat pour l'abolition de la peine de mort dans notre pays.

Et puis, par-dessus tout, dans ce procès, des parents d'un enfant assassiné qui n'ont pas demandé un verdict de mort.

"Il est bon d'être seul parce que la solitude est difficile. Qu'une chose soit difficile doit nous être une raison de plus de nous y tenir"
Rainer Maria RILKE dans "Lettres à un jeune poète"

"Dans le tumulte des hommes et des événements, la solitude était une tentation. Maintenant elle est mon amie, de quelle autre se contenter quand on a rencontré l'Histoire ?"

Charles de Gaulle
Mémoires de guerre

"La solitude est la splendeur des forts", C. DE GAULLE

@Véronique
Regardez bien et écoutez bien les reportages TV d'époque montrant copieusement les hurlements de la foule aux portes du Palais où se tenait le procès de Troyes : que la Cour ait entendu Badinter est une chose ; qu'un autre avocat ait mené le combat avec lui en est une autre. Mais, seul ou à deux, ils étaient terriblement solitaires, pour ne pas dire à contre-emploi, en réclamant d'éviter la peine de mort à celui contre lequel les hurlements de mise à mort retentissaient à l'entrée du Palais ! Nul ne peut contester que Badinter et son confrères étaient seuls dans ce combat.

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